La centralisation discrète des décisions au Kremlin
The Guardian, se référant aux évaluations de la ЦРУ, écrit que la décision de Vladimir Poutine d'une invasion à grande échelle a été prise dès la première moitié de 2020. Dans le même temps, seuls quelques fonctionnaires non militaires connaissaient les détails des plans — d'autres figures clés du régime se sont retrouvées dans l'ignorance.
Contacts et canaux d'information
Selon le média, Андрій Єрмак faisait partie des rares responsables ukrainiens à être en contact régulier avec l'administration russe. Il a notamment échangé avec le vice‑chef de l'administration de Poutine, Дмитром Козаком. The Guardian note que Kozak, comme d'autres, percevait les mises en garde américaines comme des exagérations — ce qui a probablement influencé la manière dont Moscou a traité les informations sur les préparatifs.
«Quelqu'un de haut placé du Kremlin m'a appelé et m'a dit : "Il y a beaucoup de militaires autour de Poutine, l'atmosphère est tendue, quelque chose se passe, mais nous ne savons pas quoi"»
— Un interlocuteur informé de la situation
Qui était réellement dans l'ignorance
Selon deux interlocuteurs connaissant le dossier (cités par The Guardian), même Сергій Лавров et l'ancien porte‑parole de Poutine, Дмитро Пєсков, étaient tenus dans l'ignorance. Cela indique un degré élevé de secret et de centralisation du processus de décision dans un cercle restreint.
Conséquences et signification pour l'Ukraine
Plusieurs enseignements découlent de ces informations : d'une part, un tel niveau de secret complique la prévision et augmente la valeur d'un renseignement et d'une diplomatie de qualité. D'autre part, les fausses conceptions du Kremlin selon lesquelles seulement 10% des Ukrainiens résisteraient montrent une sous‑estimation systémique de la société et de la résilience militaire ukrainiennes. Enfin, les facteurs d'isolement informationnel au sein de l'élite du Kremlin peuvent expliquer l'incohérence des réactions et le risque d'escalades inattendues.
Quelles suites
Cette publication confirme : pour l'Ukraine, il ne suffit pas d'avoir un renseignement opérationnel, il est aussi crucial de préserver des canaux diplomatiques et d'apporter des explications transparentes aux partenaires. Les évaluations occidentales (comme celles de la ЦРУ) ont aidé à écarter des scénarios erronés — la tâche clé est désormais de transformer ces évaluations en mesures politiques et militaires concrètes pour soutenir la sécurité de l'Ukraine.
Le milieu des experts souligne que comprendre la logique interne des décisions du Kremlin n'a pas pour but de les justifier, mais de prévoir et de neutraliser les menaces à venir. Les questions restent simples : la communauté internationale tirera‑t‑elle les leçons de ces conclusions et renforcera‑t‑elle les garanties de sécurité pour l'Ukraine ?