Visegrad sans Orbán : Un Hongrois veut transformer le groupe en bloc flexible de Varsovie à Zagreb

Le nouveau Premier ministre hongrois Péter Magyar choisit la Pologne pour sa première visite d'État — et propose d'élargir le groupe de Visegrád à un format où les partenaires s'impliqueraient selon le thème. Ce n'est pas qu'un simple rebranding : après 16 ans de règne d'Orbán, le V4 s'est effectivement désagrégé.

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Дональд Туск і Петер Мадяр у Варшаві 20 травня 2026 року (Фото: EPA)

Quand le Premier ministre hongrois prend un vol commercial ordinaire pour se rendre à Varsovie — au lieu d'utiliser l'avion gouvernemental dont se servait Orbán — c'est déjà un signal. Peter Mádár, qui a remporté les élections il y a un mois et mis fin aux 16 années de règne de Viktor Orbán, a choisi la Pologne pour sa première visite officielle à l'étranger et a annoncé son intention de ressusciter le Groupe de Visegrád dans un format fondamentalement nouveau.

Ce qu'il reste du V4

Le Groupe de Visegrád — Pologne, Hongrie, Tchéquie et Slovaquie — est devenu un véritable levier à Bruxelles après son adhésion à l'UE en 2004. Son influence a atteint son apogée lors de la crise migratoire de 2015, quand le V4 a bloqué d'un seul front les quotas de répartition des réfugiés. Mais après l'invasion russe à grande échelle de l'Ukraine en 2022, le groupe s'est pratiquement désintégré : Orbán est resté l'allié le plus proche de Moscou au sein de l'UE, ce qui a mis Budapest contre le reste de ses partenaires — en particulier Varsovie.

Une nouvelle architecture : pas une quatuor, mais un réseau

Mádár ne propose pas simplement de restaurer l'ancien format — il veut le rendre flexible. Le noyau permanent reste inchangé, mais des pays différents seront impliqués dans des sujets spécifiques : « les amis scandinaves, peut-être l'Autriche, la Croatie, la Slovénie, la Roumanie ou les pays des Balkans occidentaux ». Même la France, l'Allemagne et l'Italie sont envisagées comme partenaires ad hoc — selon l'ordre du jour.

Un pas concret vers la fusion des formats a été la proposition d'unifier le V4 avec le groupe d'Austerlitz — un format réunissant la Tchéquie, la Slovaquie et l'Autriche qui existe depuis 2015. L'Autriche devient ainsi un « candidat évident » à l'adhésion permanente au format élargi, note Euronews.

« Nous sommes prêts à ressusciter le Visegrád 4. Nous travaillerons à l'organisation d'un sommet V4 à Budapest à la fin du mois de juin ».

Peter Mádár, Varsovie, 20 mai

La Slovaquie, qui assume la présidence du V4 en juillet, est également intéressée par la réanimation du groupe, selon les sources diplomatiques d'Euronews.

Où se trouvent les fissures

L'enthousiasme est tempéré par plusieurs contradictions réelles. Premièrement, la Russie et l'Ukraine : le nouveau gouvernement hongrois a annoncé une certaine continuité concernant les importations de gaz russe — avec la promesse de s'en passer seulement d'ici 2035. Deuxièmement, les relations hungaro-slovaques restent alimentées par le différend autour des décrets de Beneš concernant l'expulsion des Hongrois après la Seconde Guerre mondiale — et la Slovaquie va aux élections l'année prochaine. Troisièmement, le Premier ministre tchèque Babiš était un allié proche d'Orbán et siège dans la même faction au Parlement européen.

Parallèlement, Mádár se prépare pour Bruxelles : cette semaine, une délégation de la Commission européenne est déjà arrivée à Budapest — pour discuter du déblocage de milliards d'euros gelés en raison des violations de l'État de droit sous Orbán. Selon l'AFP, le commerce polono-hongrois s'élève déjà à 15 milliards d'euros par an, et les entreprises des deux pays attendaient ce moment depuis longtemps.

Un contexte plus large

Varsovie s'est réorientée ces dernières années vers la coopération nord-baltique et s'est éloignée du vecteur européen central — c'est pourquoi la visite de Mádár est une tentative de ramener la Pologne vers la région. Tusk est devenu un modèle pour le Premier ministre hongrois : c'est lui qui, après son retour au pouvoir, a réussi à « redémarrer » les relations avec l'UE et à progressivement dégeler les fonds pour la Pologne.

Si le sommet du V4 à Budapest se tient à la fin du mois de juin et qu'au moins un nouveau pays y adhère en tant qu'invité — ce serait le premier élargissement structurel du format en 30 ans d'existence. Si le Premier ministre slovaque Fico, connu pour ses sympathies prorusses, bloque toute position commune concernant l'Ukraine, le sommet de juin se transformera en démonstration de division plutôt que d'unité.

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