Le dépôt n'est plus un bouclier contre l'exécution : ce que la loi sur la numérisation des recouvrements a changé

La loi n° 4833-IX ferme les schémas populaires d'évasion du paiement des dettes — des dépôts à terme aux portefeuilles électroniques. Mais en même temps, elle donne aux huissiers l'accès aux fonds des personnes qui ne sont même pas des débiteurs.

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Pendant des années, l'un des conseils standard des juristes ukrainiens aux débiteurs sonnait simplement : placez l'argent sur un dépôt à terme. La banque refuserait à l'huissier — le délai n'aurait pas expiré. La loi n°4833-IX, adoptée le 7 avril 2026, ferme cette échappatoire. Mais avec elle — plusieurs dizaines d'autres.

Ce qui change dans la logique de recouvrement

Jusqu'à présent, l'huissier pouvait saisir les biens, mais ne pouvait pas toujours les réaliser — les banques traînaient, les registres ne se synchronisaient pas, les saisies étaient levées manuellement pendant des semaines. La nouvelle loi transfère une grande partie de ces processus en mode automatique.

Désormais, dans l'ordre de recouvrement, les fonds sur les comptes et l'argent électronique dans les portefeuilles occupent la première place. Et seulement s'il en manque — les biens immobiliers, les transports, l'équipement. Ce n'est pas simplement une commodité : c'est un changement de priorité qui oblige les débiteurs à réfléchir à deux fois avant de conserver des actifs sous des formes facilement accessibles.

Le système des dépôts à terme fermé

Auparavant, le placement de fonds sur des dépôts à terme était un schéma d'évasion populaire : la banque refusait à l'huissier, en invoquant le fait que le délai du dépôt n'avait pas expiré. La nouvelle version de l'article 48 met fin à cela.

« Après réception de l'ordonnance de saisie, la banque n'a pas le droit de continuer l'exécution du contrat de dépôt »

Loi n°4833-IX, art. 48, part. 4

C'est-à-dire que la prolongation du dépôt saisi est interdite. Les fonds restent gelés jusqu'à l'exécution de la décision.

La norme la plus controversée : saisie des fonds de tiers

La novelle la plus ambiguë est la partie 3 de l'article 56. L'huissier peut désormais saisir les fonds et l'argent électronique non pas du débiteur lui-même, mais d'une personne envers laquelle il a une dette confirmée par le tribunal. C'est-à-dire que si votre débiteur est lui-même créancier — l'huissier peut atteindre l'argent sur le compte de son débiteur.

Cela élargit l'arsenal de recouvrement, mais pose en même temps la question : quel sera le recours des personnes qui reçoivent une saisie sans être partie aux procédures ?

Le registre des débiteurs — maintenant avec des dents

L'inscription au Registre unique des débiteurs (RUD) avait auparavant principalement un effet de réputation. Désormais, elle bloque les transactions : le notaire ne certifiera pas un contrat d'aliénation ou de nantissement d'un bien immobilier, d'un transport ou d'une hypothèque, si le propriétaire est au registre. De plus, les établissements dépositaires sont tenus de vérifier le client dans le RUD même lors de l'ouverture ou de la fermeture d'un compte en valeurs mobilières — si le débiteur essaie de « sortir en espèces » en vendant des actions, l'huissier en sera informé le jour de l'opération.

Ce qui est protégé

La loi préserve et précise la protection pour les débiteurs ayant de petites dettes :

  • Le logement unique et le terrain qui s'y trouve ne sont pas saisissables, si le montant de la dette n'excède pas 50 salaires minimums (en 2026 — plus de 400 000 hryvnia).
  • En période de loi martiale, la saisie des pensions et des allocations d'études est interdite — sauf pour les dettes d'aliments, le dédommagement des dommages causés par des crimes et les dettes des citoyens de la Fédération de Russie.
  • Le débiteur peut dépenser les fonds du compte saisi dans la limite de deux salaires minimums par mois.
  • Les fonds des clients des sociétés d'investissement ne sont pas saisissables — protection contre les dettes du courtier envers les tiers.

L'automatisation comme changement systémique

La loi apporte des modifications à plus de dix actes réglementaires — du Code de procédure civile aux lois sur le notariat, le système de dépôt, l'enregistrement des biens immobiliers et les marchés des capitaux. Comme l'indique l'analyse sur dtkt.ua, il y a une numérisation complète : moins de papier, échange de données plus rapide, et la saisie est levée automatiquement après le remboursement de la dette — pas plus tard que le jour suivant. Cette simplification correspond aux recommandations des experts du Conseil de l'Europe concernant l'efficacité de l'exécution des décisions de justice.

Le véritable test pour la loi — ce n'est pas son texte, mais son application : si le mécanisme de saisie des fonds de tiers fonctionne sans un contrôle judiciaire clair, il peut devenir un outil de pression. Le fait qu'une jurisprudence émerge qui délimite les limites de cette norme deviendra clair dans les premiers mois suivant l'entrée en vigueur.

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