Lorsque le 12 juin un responsable américain a confirmé à Reuters que les parties avaient convenu du texte du « Mémorandum d'entente », et que le ministre des Affaires étrangères iranien Abbas Araghchi a déclaré que Téhéran quittait le conflit « plus fort » — les deux phrases ont été prononcées simultanément. Ce n'est pas une coïncidence : le document fixe une suspension plutôt qu'un règlement.
Contenu du document
Selon Axios et Reuters, le mémorandum prévoit une prolongation de 60 jours du régime de cessez-le-feu, l'ouverture immédiate du détroit d'Ormuz au commerce maritime et un allègement des sanctions américaines sur les exportations de pétrole iranien. En contrepartie, l'Iran s'engage à ne pas augmenter l'enrichissement de l'uranium et à ne pas élargir les installations nucléaires jusqu'à la signature d'un accord final.
Quelques heures après l'annonce du « texte », l'armée américaine a abattu plusieurs drones d'attaque iraniens au-dessus du détroit d'Ormuz. Le document ne contient aucun mécanisme de vérification.
Le facteur iranien dans la guerre contre l'Ukraine
Pour comprendre pourquoi l'accord entre Washington et Téhéran concerne Kyiv, un seul fait suffit : c'est l'Iran qui a transmis à la Russie la technologie de production des « Shaheds » et qui a partagé son expertise en matière de production après 2022. Selon la GUR, les livraisons directes de drones iraniens ont déjà cessé — la Russie les fabrique seule, ne recevant de Téhéran que des composants.
« L'Iran n'envoie que des composants. Le Shahed est depuis longtemps fabriqué en Russie »
— Kyrylo Budanov, chef de la GUR, 2 juillet 2025
L'accord ne contient aucune disposition concernant l'arrêt des livraisons de composants iraniens à la Russie. En d'autres termes, même en cas d'exécution de l'accord, la chaîne de production des « Shaheds » en Russie ne s'arrêtera pas.
Deux scénarios pour l'Ukraine
L'expert en relations internationales Stanislav Zhelikh a souligné les deux aspects de la médaille dans un commentaire à UNN. Scénario positif : la réduction des tensions au Moyen-Orient peut libérer les ressources diplomatiques et financières de Washington et de Bruxelles, jusqu'à présent bloquées par le dossier iranien. Les analystes de NV ajoutent : un accord réussi permettrait à l'Europe de réorienter son soutien en faveur de l'Ukraine, si la question iranienne cessait de dominer l'ordre du jour.
Scénario risqué : l'administration Trump, après avoir obtenu une « victoire » au Moyen-Orient, pourrait intensifier la pression sur Kyiv en exigeant qu'elle démontre sa propre « flexibilité » — c'est-à-dire qu'elle accepte des négociations avec Moscou selon des conditions qui ne correspondent pas aux intérêts ukrainiens.
Pétrole, prix et financement de la guerre
Il y a une autre dimension, moins évidente. L'allègement des sanctions sur les exportations de pétrole iranien exerce inévitablement une pression à la baisse sur les prix mondiaux du pétrole. Cela frappe directement les revenus de la Russie provenant des hydrocarbures — la principale source de financement de son armée. Mais le même effet est renforcé par l'OPEP+, dont fait partie Moscou : le cartel est capable de réduire sa production et de corriger les cotations. En d'autres termes, la pression économique sur la Russie pourrait s'avérer de courte durée.
- Détroit d'Ormuz — plus de 20 % de l'approvisionnement pétrolier mondial : son ouverture réduira l'anxiété énergétique de l'Occident
- Actifs iraniens — les États-Unis dégelleront des milliards de dollars : une partie pourrait aller à la restauration de la base industrielle de défense iranienne
- Composants pour les « Shaheds » — l'accord ne les touche pas, la chaîne d'approvisionnement via la Chine persiste
- Pression sur Kyiv — le précédent de la « diplomatie Trump » pourrait être utilisé comme argument : « vous voyez, on peut négocier »
Il est significatif que parallèlement aux négociations iraniennes, NBC News rapporte une avancée dans les accords américano-ukrainiens dans le domaine des technologies de drones — Kyiv a effectivement monétisé son expérience en matière d'interception des « Shaheds », en envoyant ses pilotes et ses intercepteurs au Moyen-Orient. Cela donne à l'Ukraine un levier, mais pas une assurance.
Si le mémorandum reste un document sans mécanisme de vérification et ne se transforme pas en un accord complet sur le dossier nucléaire dans 60 jours — Téhéran aura allègement des sanctions et potentiel nucléaire préservé. Dans ce cas, la question n'est pas de savoir si l'accord affectera l'Ukraine, mais plutôt s'il deviendra un précédent de « gel sans contrepartie » — un modèle que Moscou propose déjà pour elle-même?