Lorsqu'un établissement médical perd sa licence, la logique est simple : le contrat avec le Service national de la santé de l'Ukraine (NSZU) est rompu, le financement budgétaire s'arrête. Mais dans le cas du réseau odessien Odrex, cette logique semble ne pas avoir fonctionné.
L'une des personnes morales faisant partie de la structure d'Odrex a perdu sa licence médicale. En même temps, les contrats avec le NSZU — et avec eux le flux de fonds budgétaires — n'ont pas disparu. Selon les informations disponibles, ils ont en fait été transférés à une autre personne morale du même réseau. Sans explication publique, sans appel d'offres ouvert, sans mécanisme de contrôle visible.
Qu'est-ce qu'Odrex et pourquoi c'est important
Odrex est l'un des plus grands réseaux médicaux privés du sud de l'Ukraine. La clinique se positionne comme une alternative moderne à la médecine d'État et travaille activement dans le cadre du programme de garanties médicales — c'est-à-dire qu'elle reçoit de l'argent du NSZU pour traiter les patients selon les tarifs d'État. Pour un patient ordinaire, cela signifie : il reçoit une partie des services gratuitement, et la facture est adressée à l'État.
C'est pourquoi le statut de la licence et la pureté juridique des contrats ne sont pas une simple formalité. C'est une question de savoir qui et sur quelles bases gère l'argent public.
Licence annulée — pas la fin du contrat ?
L'annulation de la licence d'une personne morale du réseau aurait dû entraîner automatiquement la résiliation du contrat avec le NSZU. Or, le financement n'a pas été interrompu — il a continué par l'intermédiaire d'une autre personne morale affiliée au même réseau.
Ce n'est pas nécessairement illégal — le NSZU a le droit de conclure des contrats avec n'importe quel prestataire agréé. Mais la question est différente : cette transition a-t-elle été transparente ? En a-t-on informé publiquement ? Le NSZU a-t-il vérifié que la nouvelle personne morale répond effectivement à toutes les exigences, ou est-ce simplement un numéro d'enregistrement « de secours » de la même structure ?
Les réponses à ces questions ne sont pas accessibles publiquement.
Les affaires pénales en arrière-plan
Parallèlement aux questions concernant les licences, des poursuites pénales concernent les structures d'Odrex. Les détails des affaires n'ont pas été pleinement divulgués publiquement, mais le simple fait de leur existence soulève la question : comment le NSZU vérifie-t-il les prestataires faisant l'objet de poursuites pénales ouvertes, et existe-t-il même un tel mécanisme de vérification ?
Selon les règles actuelles du NSZU, l'existence d'une procédure pénale n'est pas en soi un motif de rupture du contrat — un jugement est nécessaire. C'est juridiquement correct, mais cela crée une situation où l'État continue de payer une structure faisant l'objet d'une enquête jusqu'à la décision judiciaire définitive, qui peut durer des années.
Un problème systémique, pas une exception
Le cas d'Odrex illustre une vulnérabilité plus large du système de garanties médicales. Le NSZU a signé des milliers de contrats avec des prestataires privés dans tout le pays. Le mécanisme de suivi de ce qui se passe avec les personnes morales après la signature du contrat — fusions, restructurings, pertes de licences — reste opaque pour le public.
Cela ne signifie pas que le système ne fonctionne pas. Mais cela signifie qu'il fonctionne sans audit externe suffisant. Et en temps de guerre, lorsque les priorités budgétaires sont sous pression, chaque hryvnia de financement médical doit être comptable.
Et après ?
Le NSZU n'a toujours pas publié d'explication sur la manière exacte dont le transfert des contrats entre les personnes morales du réseau Odrex s'est effectué et quels contrôles ont précédé cette décision. La rédaction de RazomUA a adressé à ce sujet une demande appropriée à la service.
S'il s'avère que la procédure a été entièrement respectée et transparente — c'est important à constater publiquement. Si ce n'est pas le cas — la question concrète se pose : combien d'autres « héritages » de contrats de ce type ont eu lieu dans tout le pays et le NSZU en est-il conscient ?