Vendredi 3 avril, Donald Trump a écrit sur Truth Social : «Encore un peu de temps — et nous OUVRIRONS FACILEMENT LE DÉTROIT D'ORMUZ, PRENDRONS LE PETROLE ET FERONS UNE FORTUNE». Le lendemain, l'agence Reuters, citant trois sources au sein de la communauté du renseignement, a publié un article qui contredisait directement cet optimisme.
Ce que disent des analystes que Trump n'a pas consultés
Selon Reuters, le renseignement américain avertit : l'Iran ouvrira difficilement le détroit dans un avenir proche, car le contrôle de celui-ci est en réalité le seul véritable levier de pression de Téhéran sur Washington. Tant que ce levier restera entre les mains de l'Iran, il disposera d'un motif pour négocier. Dès qu'il disparaîtra, le sens de tout dialogue s’évaporera également.
Les analystes de Defense News soulignent la dimension militaire : les capacités actuelles de la défense côtière iranienne rendent une opération d'ouverture du détroit «qualitativement plus difficile» que celle de 1988 lors de l'opération Praying Mantis. À l'époque, les États‑Unis avaient détruit une partie importante de la flotte iranienne en un jour. Aujourd'hui, la donne est différente.
«C'est une simple opération militaire avec peu de risques»
— Donald Trump, Truth Social, 3 avril 2026. Les alliés de l'OTAN, qu'il a qualifiés de «lâches» pour avoir refusé d'aider, n'ont pas partagé son appréciation.
Un problème distinct est celui des mines. Comme l'a révélé le Christian Science Monitor, la marine américaine a réduit pendant des années le financement des chasseurs de mines : le programme de rééquipement par des Littoral Combat Ships avait échoué dès 2022 selon un rapport du GAO. Actuellement, les alliés ne se pressent pas pour combler cette lacune.
Le détroit fermé — qui compte l'argent
Environ un cinquième du pétrole mondial transite par le détroit d'Ormuz. Depuis le début du conflit le 28 février, le trafic est en pratique à l'arrêt. Le pétrole de grade Dubai a atteint un record à 166 $ le baril le 19 mars ; le Brent s'est stabilisé au‑dessus de 114 $.
Le plus grand bénéfice est revenu à la Russie. D'après Euronews, seules les deux premières semaines après le début des frappes, Moscou a gagné 7,7 milliards d'euros sur les combustibles fossiles — 513 millions d'euros par jour contre 472 millions d'euros en février. Le centre de recherche CREA a calculé qu'au bout de 24 jours après le début du conflit, les recettes d'exportation quotidiennes de la Russie avaient augmenté de 20 % par rapport au niveau de février d'avant‑guerre. Le Financial Times a directement qualifié la Russie de «principal vainqueur» de la guerre iranienne.
Paradoxe que Washington a géré lui‑même : pour apaiser les marchés, l'administration Trump a temporairement levé les sanctions sur 30 pétroliers russes transportant environ 125 millions de barils. Parallèlement, les États‑Unis et leurs alliés ont annoncé une libération record de réserves stratégiques — 400 millions de barils.
- Les recettes pétrolières quotidiennes de la Russie ont augmenté d'environ 150 millions de dollars après le début du conflit (Financial Times)
- Le déficit budgétaire de la Fédération de Russie au début de 2026 était d'environ 35 milliards de dollars — «le vent en poupe» iranien permet à Poutine de reporter des coupes budgétaires impopulaires
- La Réserve fédérale de Dallas estime : un détroit fermé réduira la croissance mondiale du PIB de 2,9 points de pourcentage en rythme annuel au deuxième trimestre
L'Iran négocie — mais avec quoi exactement
L'ancien ministre des Affaires étrangères iranien Mohammad Javad Zarif, qui avait conclu l'accord nucléaire de 2015 avec l'administration Obama, a publié un article proposant : Téhéran limiterait son programme nucléaire et ouvrirait Ormuz — en échange de la levée de toutes les sanctions. Foreign Policy décrit cette initiative autrement : une tentative de convertir des revers militaires en gains diplomatiques via un accord bilatéral étroit États‑Unis–Iran, qui laisserait de côté les intérêts du Golfe Persique.
Autrement dit, la structure des négociations est la suivante : le détroit n'est pas une concession de l'Iran, mais son principal produit mis sur la table. Plus il restera fermé longtemps, plus le prix de son ouverture sera élevé.
Qu'est‑ce que cela signifie pour l'Ukraine
Pour Kyiv, l'arithmétique est simple et peu réjouissante : chaque jour où le détroit reste fermé représente un milliard d'euros supplémentaires par semaine dans les caisses du Kremlin. C'est cet argent qui permet à Poutine de financer la guerre sans les remous politiques internes qu'entraîneraient des réductions des dépenses sociales. L'Atlantic Council appelle directement l'Occident à durcir la pression des sanctions sur la Russie parallèlement au conflit iranien — sinon la fenêtre d'opportunité pour comprimer le budget de Poutine se refermera en même temps que les efforts diplomatiques autour d'Ormuz.
Si Washington conclut un accord avec Téhéran selon la formule de Zarif — le détroit s'ouvrira, le pétrole baissera, et la Russie perdra sa prime iranienne. Mais si les négociations s'éternisent ou échouent, et que le détroit reste fermé pendant des mois, le budget du Kremlin recevra un renflouement que les sanctions de 2022–2025 n'ont pas réussi à étouffer.
La question n'est pas de savoir si les États‑Unis pourront ouvrir Ormuz par la force. La question est de savoir si Téhéran acceptera de l'ouvrir lui‑même — et à quel prix : si Trump est prêt à lever des sanctions en échange de restrictions nucléaires, cet accord pourrait se révéler plus avantageux pour l'Iran que pour tous les autres acteurs du conflit.