L'un des plus grands producteurs de pétrole au monde s'en est allé — et toute l'organisation l'a ressenti. Après le départ des Émirats arabes unis de l'OPEP, la production cumulée du cartel est tombée aux niveaux de la fin des années 1980. Pour comparaison : à l'époque, l'Union soviétique existait encore et le pétrole coûtait moins de 20 dollars le baril.
Les Émirats arabes unis aspiraient depuis longtemps à une stratégie indépendante. Abu Dhabi renforçait ses propres capacités et acceptait de moins en moins les quotas que l'OPEP établissait pour freiner l'offre. Le départ est un aboutissement logique de ces frictions, et non une décision soudaine.
Un facteur distinct est la guerre. Les conflits à Gaza, l'instabilité en mer Rouge et la menace d'escalade entre l'Iran et Israël maintiennent la région dans une tension permanente. Ce n'est pas qu'une question de logistique : certains producteurs ne peuvent tout simplement pas respecter leurs quotas déclarés en raison de l'endommagement des infrastructures ou de réductions d'opérations forcées.
L'Arabie saoudite, qui est traditionnellement le « swing producer » — le pays qui régule l'offre pour la stabilité des prix — se retrouve face à un dilemme. Compenser le manque des Émirats arabes unis seul signifie épuiser ses propres capacités de réserve. Ne pas compenser — c'est laisser les prix monter, ce qui est avantageux à court terme, mais pousse à long terme les acheteurs à accélérer la transition énergétique.
Les prix du pétrole ont réagi en augmentant, mais les analystes avertissent : si les États-Unis et d'autres producteurs en dehors du cartel augmentent leur production en réponse aux signaux de prix, l'effet pour l'OPEP sera inverse — une part de marché plus petite avec la même instabilité des prix.
La question n'est pas de savoir si les Émirats arabes unis reviendront au cartel. La question est de savoir si l'OPEP pourra maintenir la discipline parmi ceux qui sont restés — en particulier si la guerre au Moyen-Orient s'éternise encore un an et que chaque participant commencera à se sauver lui-même.