Essence de la décision
Le Tribunal fédéral suisse a rejeté le recours du groupe russe Gazprom et confirmé la sentence arbitrale qui oblige la société à verser à la NAK «Naftogaz d'Ukraine» plus de 1,4 milliard $. Ainsi, la plus haute juridiction du pays a en pratique mis un terme à ce différend et reconnaît la validité du verdict arbitral.
«Naftogaz travaillera à l'exécution forcée de cette décision et poursuit une série d'autres procédures contre le pays agresseur»
— Sergiy Koretsky, président du conseil d'administration de NAK «Naftogaz d'Ukraine»
Histoire et logique juridique
En juin 2025, un tribunal arbitral en Suisse, composé d'arbitres de Suède, de Suisse et d'Israël, a condamné Gazprom à compenser les pertes liées à la violation du principe take‑or‑pay inscrit dans le contrat de transit avec l'Ukraine.
Le cœur du litige : en mai 2022 Gazprom a cessé de payer les volumes contractuels de transit après que l'Ukraine a refusé de transporter du gaz à travers des zones temporairement occupées de la région de Louhansk et a proposé de transférer le transit vers le point de Soudja dans la région de Soumy. La partie ukrainienne ne s'est pas refusée à fournir le service, elle a proposé un itinéraire alternatif — la société russe a refusé de payer.
Naftogaz a engagé un arbitrage selon le droit suédois. Gazprom a tenté de contester la décision : en juillet 2025 une requête en annulation de l'arbitrage et en suspension provisoire d'exécution a été déposée ; en novembre 2025 le tribunal a refusé la suspension, et en mars 2026 il a également rejeté le recours au fond.
Pourquoi c'est important pour l'Ukraine
Premièrement, il s'agit d'un enjeu financier direct : la confirmation de la décision crée une base pour le recouvrement de sommes qui pourraient être affectées à la défense et à la reconstruction des infrastructures. Deuxièmement, c'est un précédent juridique : la confirmation de l'arbitrage par la plus haute instance renforce nettement la position de l'Ukraine dans d'autres procédures internationales visant des actifs russes.
Les juristes et analystes internationaux en droit de l'énergie soulignent que de telles décisions compliquent pour la Russie l'utilisation de montages corporatifs comme mécanisme d'évitement des obligations — et exercent une pression juridique supplémentaire sur des biens et contrats susceptibles d'être soumis à exécution forcée.
Étapes prévues et risques d'exécution
La reconnaissance formelle de la décision n'est que le début. Pour obtenir effectivement le paiement, des procédures d'exécution forcée sont nécessaires dans les juridictions où se trouvent des actifs de Gazprom ou de ses structures affiliées. Il s'agit d'un long travail juridico‑administratif : saisies d'actifs, mesures de recouvrement, coordination avec des juridictions étrangères.
Il existe cependant des précédents : en 2018 Naftogaz a obtenu le paiement de 2,9 milliards de dollars, et en 2023 un arbitrage à La Haye a accordé 5 milliards de dollars à Naftogaz pour des actifs saisis en Crimée — bien que la Russie refuse toujours d'exécuter ces décisions. Aujourd'hui, la question clé est de savoir si la victoire juridique pourra se traduire en liquidités réelles et à quelle vitesse cela pourra se faire.
Conclusion
La décision du Tribunal fédéral suisse renforce la position juridique de l'Ukraine et crée des leviers supplémentaires de pression sur la Russie. Mais des actions pratiques sont désormais nécessaires : exécution forcée dans les juridictions compétentes et coordination avec les partenaires internationaux. Que ces verdicts aboutissent à des saisies et recouvrements dépendra de la persévérance juridique et de la volonté politique des partenaires.