Documents internes du Kremlin : 400 puits fermés, 80 milliards de dollars de déficit — et c'est l'évaluation officielle russe

La SBU d'Ukraine a reçu des documents que Moscou cache à ses propres citoyens. Les chiffres ne décrivent pas une catastrophe — mais précisément ce point où le déclin structurel devient irréversible.

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Фото з Telegram Володимира Зеленського

Le Service de renseignement extérieur de l'Ukraine a transmis au président Volodymyr Zelensky des documents russes internes contenant une évaluation des pertes économiques liées à la guerre. L'élément clé ici n'est pas le fait de la fuite lui-même, mais sa source : il ne s'agit pas d'analyses occidentales ni de calculs de l'opposition. C'est ce que le Kremlin considère comme la vérité pour un usage interne.

Que contiennent les documents

Zelensky a mentionné trois indicateurs. Le premier est la réduction du nombre de puits de pétrole actifs. Selon lui, une seule entreprise — « et ce n'est pas la plus grande » — a fermé environ 400 puits. Détail critique : la remise en service des puits en Russie est technologiquement plus complexe que dans d'autres pays producteurs de pétrole, ce qui signifie que ces pertes ne sont pas temporaires.

Le deuxième indicateur est la baisse du raffinage du pétrole d'au moins 10% en quelques mois de l'année en cours. Le troisième est le déficit du budget fédéral, qui a déjà dépassé 80 milliards de dollars au cours des cinq premiers mois de l'année.

« Il est important que ce soit précisément l'évaluation interne russe qu'ils tentent de cacher au monde et à l'audience russe interne ».

Volodymyr Zelensky

Ce que vérifient les données indépendantes

Les chiffres ne contredisent pas ce que constatent les analystes externes. Selon OilPrice.com, les revenus pétroliers de la Russie ont chuté de 24% en 2025 — au plus bas niveau depuis 2020. Le déficit du budget fédéral pour l'année a atteint 72 milliards de dollars avec des dépenses militaires record de 145 milliards de dollars. Le Fonds de bien-être national — le principal coussin financier du Kremlin — s'est réduit de 113 milliards de dollars à 52,2 milliards de dollars en actifs liquides depuis le début de l'invasion à grande échelle, c'est-à-dire qu'il a diminué de plus de moitié.

Les économistes de l'Académie présidentielle russe (RANEPA) et de l'Institut Gaidar avertissaient déjà en 2025 : si la tendance ne change pas, le fonds pourrait s'épuiser dès 2026.

Pourquoi ce n'est pas simplement des statistiques

Le pétrole n'est pas un poste abstrait du bilan. Il assure toujours environ un quart du budget fédéral de la Russie, qui finance l'armée, les prestations sociales et les subventions aux régions. La réduction de la production face à des prix bas sur l'Urals (39 dollars le baril en décembre 2024 contre les niveaux d'avant-guerre) crée un effet de ciseaux : les revenus chutent tandis que les dépenses de guerre augmentent.

L'économiste Torbjørn Bekker, s'adressant aux ministres des finances de l'UE, a noté que la Russie « est assez forte pour continuer à financer la guerre, mais c'est différent d'être économiquement forte ». L'inflation, le déficit de main-d'œuvre de 1,9 million de personnes dans l'industrie et l'effondrement des investissements étrangers créent un cercle vicieux — plus d'argent sans croissance réelle fait monter les prix davantage.

  • Raffinage du pétrole — moins 10% en quelques mois de 2025
  • Puits fermés — environ 400 dans une seule entreprise, remise en service technologiquement limitée
  • Déficit budgétaire — plus de 80 milliards de dollars au cours des cinq premiers mois
  • Fonds de bien-être — les actifs liquides ont diminué de moitié depuis le début de l'invasion

Ce qui reste inconnu

Le SRE n'a pas révélé quelle entreprise exacte a fermé 400 puits ni comment les documents sont parvenus aux services de renseignement ukrainiens. Il est impossible de vérifier les chiffres internes par le biais de sources russes publiques — Rosstat et le ministère des Finances publient des données agrégées avec retard et des modifications méthodologiques qui les rendent de moins en moins comparables depuis 2022.

La situation est donc paradoxale : la fuite de Moscou pourrait être plus exacte que les statistiques officielles de Moscou.

Si le déficit continue d'augmenter au rythme des cinq premiers mois et si le prix de l'Urals ne dépasse pas 60 dollars, le Fonds de bien-être national pourrait s'épuiser d'ici la fin de 2026 — et le Kremlin devrait alors choisir entre l'armée et les obligations sociales à l'intérieur du pays.

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