Natalia Gourina a pris la tĂȘte de Raiffeisenbank en Ukraine Ă partir du 1er janvier 2026 â aprĂšs plus de 30 ans dans la structure qui a commencĂ© sous le nom d'«Aval». Elle parle ouvertement de la prĂ©sence du groupe mĂšre RBI en Russie : «Mon attitude est catĂ©goriquement nĂ©gative, car j'expĂ©rimente la guerre avec ma famille». Et en mĂȘme temps, elle reconnaĂźt qu'elle ne voit pas de moyen d'accĂ©lĂ©rer le dĂ©part.
Trois ans d'annonces â zĂ©ro accord conclu
RBI a d'abord annoncĂ© sa « sortie soigneusement planifiĂ©e » de la Russie aprĂšs l'invasion Ă grande Ă©chelle en 2022. Depuis, les dĂ©lais ont Ă©tĂ© reportĂ©s au moins deux fois. Ă l'automne 2025, Reuters a rapportĂ© : la banque avait trouvĂ© un acheteur local pour sa filiale russe â mais c'est le Kremlin lui-mĂȘme qui a bloquĂ© l'accord. Selon les sources de l'agence, Moscou craignait que le transfert d'actifs Ă un investisseur local ne provoque des sanctions secondaires contre RBI â ce qui dĂ©truirait l'unique canal financier pratique entre la Russie et l'Occident.
En parallĂšle, la banque remplit une fonction dont on n'aime pas parler ouvertement : Raiffeisenbank traite les paiements pour les livraisons de gaz via TurkStream â l'unique itinĂ©raire du gaz russe vers l'UE qui subsiste. De janvier Ă aoĂ»t 2025, environ 11,5 milliards de mĂštres cubes de gaz ont transitĂ© par ce canal vers la Bulgarie, la Hongrie, la Slovaquie et d'autres Ătats membres de l'Union europĂ©enne.
Gagner sur la sortie â presque impossible
Vendre un actif russe n'est pas simplement trouver un acheteur. L'accord nécessite l'approbation simultanée du Trésor américain, de la Banque centrale européenne, du régulateur autrichien, d'une commission gouvernementale spéciale russe chargée du contrÎle des investissements étrangers, du Kremlin, du service antimonopole (FAS) et de la Banque de Russie. Et depuis 2024, le vendeur étranger est obligé de faire une contribution « volontaire » de 35% de la valeur de l'actif au budget fédéral russe, plus de vendre avec une réduction d'au moins 60% du prix du marché.
«Ce n'est pas simplement laisser les clés et partir»
Natalia Gourina, PDG de Raiffeisenbank, podcast «Vyshcha Liha»
Dans ces conditions, la sortie signifie effectivement la radiation de la majoritĂ© de l'actif. De plus, au deuxiĂšme trimestre 2025, la Banque de Russie a forcĂ©ment radiĂ© des comptes de Raiffeisenbank environ 2,1 milliards d'euros pour couvrir les rĂ©clamations judiciaires â et RBI a enregistrĂ© une perte trimestrielle de 557 millions d'euros. Cependant, dĂ©jĂ au troisiĂšme trimestre, la filiale russe a gĂ©nĂ©rĂ© un bĂ©nĂ©fice net de 319 millions d'euros pour le groupe â soit 38% du rĂ©sultat total de RBI pour le trimestre.
Pourquoi ce n'est pas seulement un problĂšme autrichien
Le rĂ©gulateur financier autrichien a confirmĂ© en aoĂ»t 2025 : aucune mesure coercitive ne sera prise contre RBI pour d'Ă©ventuelles violations du rĂ©gime de sanctions. L'NAPC a inclus deux fois le groupe mĂšre sur la liste des sponsors de la guerre â et l'a exclu deux fois temporairement sous la pression. Raiffeisenbank reste la plus grande banque occidentale en Russie et la quatriĂšme banque par actifs en Ukraine simultanĂ©ment.
- L'accord de vente n'a pas seulement Ă©tĂ© bloquĂ© par la bureaucratie â il a Ă©tĂ© bloquĂ© par le Kremlin, car RBI est utile comme canal de paiement
- La sortie coĂ»te au vendeur de 60â95% de la valeur de l'actif en raison des « frais de sortie » russes
- Le rĂ©gulateur autrichien a choisi l'inaction malgrĂ© la pression de l'UE et des Ătats-Unis
- La filiale russe génÚre toujours prÚs de 40% du bénéfice trimestriel de l'ensemble du groupe
Gourina dirige une banque ukrainienne qui est juridiquement sĂ©parĂ©e de RBI en Russie. Mais le lien de rĂ©putation n'a nulle part oĂč aller â et c'est elle qui devra rĂ©pondre aux questions inconfortables des clients, des rĂ©gulateurs et des partenaires. Si RBI ne finalise pas la vente au moment oĂč l'UE fermerait TurkStream ou imposerait des sanctions secondaires contre la banque elle-mĂȘme â la « filiale » ukrainienne pourrait-elle prĂ©server son indĂ©pendance opĂ©rationnelle face Ă la crise de la maison mĂšre ?