Une lettre de deux pages — et 17 mois de silence qui suivent. La sénatrice Elizabeth Warren, démocrate de premier plan à la commission bancaire du Sénat, et le sénateur Christopher Coons ont officiellement demandé mercredi au secrétaire d'État Marco Rubio et au ministre des Finances Scott Bessent : pourquoi l'administration Donald Trump a-t-elle suspendu les sanctions régulières contre les entreprises et les banques qui aident la Russie à contourner les restrictions imposées en raison de la guerre contre l'Ukraine.
Ce n'est pas une question rhétorique. Selon les sénateurs, l'administration a suspendu les contre-sanctions régulières et ciblées contre le contournement des restrictions par la Russie pendant 17 mois. Le dernier coup sérieux porté à la Russie remonte à octobre 2025, lorsque le ministère américain des Finances a imposé des restrictions contre les compagnies pétrolières « Rosneft » et « Loukouïl ». Les sénateurs considèrent ces sanctions comme une exception plutôt qu'un retour à un travail systémique, et soulignent que les sanctions contre « Rosneft » et « Loukouïl » étaient une action ponctuelle que la Russie contourne facilement.
Une déclaration sans échéance
En février, Bessent a expliqué publiquement cette pause devant le Congrès : l'administration voulait « voir où iraient les négociations de paix » avant de reprendre certaines contre-sanctions contre le contournement des restrictions. Le problème avec cet argument est évident, même dans les propres paroles de l'administration : la même équipe imposait parallèlement des sanctions contre l'Iran et Cuba précisément pendant les négociations avec ces pays. Autrement dit, « attendre les négociations » n'est pas un principe universel, mais une décision sélective spécifiquement envers la Russie.
Et les négociations qu'on prétendait attendre ont simplement cessé à un moment donné. Les sénateurs citent Rubio lui-même, qui a déclaré en mai que les négociations de paix entre la Russie et l'Ukraine n'ont pas été fructueuses, et qu'à ce moment-là, de telles négociations n'avaient pas lieu du tout. La pause dans les sanctions s'est poursuivie — la condition « d'attendre les progrès » s'est transformée en un régime permanent sans aucun mécanisme d'examen.
L'ampleur de la rupture
Pour comprendre la différence de rythme, il suffit de consulter les chiffres de la lettre elle-même. Depuis le début de l'invasion à grande échelle en février 2022 jusqu'en janvier 2025, lorsque Trump est devenu président pour la deuxième fois, les États-Unis ont imposé 111 paquets de sanctions contre la Russie. Après cela — essentiellement un seul paquet important en un an et demi. La pression sanctionnelle n'a pas simplement ralenti, elle s'est pratiquement arrêtée précisément au moment où le processus de négociation, selon l'aveu officiel du secrétaire d'État, s'est enlisé dans une impasse.
Réaction des parties : des renvois sans explication
Lorsque Reuters a demandé un commentaire, les départements ont répondu différemment, mais également sans précision. Le porte-parole du ministère américain des Finances a simplement rappelé les sanctions contre les géants pétroliers et déclaré que l'administration agirait dans l'intérêt de la sécurité nationale des États-Unis et d'un règlement pacifique. Le porte-parole du département d'État s'est exprimé encore plus prudemment — le département n'envisage actuellement aucune nouvelle action sanctionnaire. Aucune explication du mécanisme : selon quels critères la pause sera-t-elle levée, qui prend cette décision et existe-t-il même une échéance.
C'est précisément cette lacune que les sénateurs tentent de combler par une demande formelle. Ils exigent une réponse d'ici le 28 août à la question directe suivante : si la pause était justifiée par les négociations, et que ces négociations se sont enlisées il y a plusieurs mois, pourquoi les sanctions régulières n'ont-elles pas été reprises afin de redonner aux États-Unis un levier d'influence pour une paix juste en Ukraine.
Une voie parallèle au Sénat — et son propre piège
La pression formelle par le biais de lettres n'est pas le seul instrument. Ce mois-ci, le Sénat a adopté une nouvelle législation sur les sanctions contre la Russie. Mais son sort reste incertain : démocrates et certains républicains sont préoccupés par le fait que le document, dans sa forme actuelle, pourrait donner à Trump de nouveaux pouvoirs pour imposer des tarifs contre les alliés des États-Unis — y compris le Japon et certains pays européens. Autrement dit, un instrument conçu comme une pression sur Moscou risque de devenir un instrument de pression sur ses propres partenaires — et ce n'est plus une question pour la Russie, mais une question d'architecture de la loi elle-même.
La lettre des sénateurs fixe le fossé entre les paroles et les actions de l'administration, mais n'a pas la force juridique de forcer le département d'État ou le ministère des Finances à faire quelque chose. La réponse du 28 août — et si elle sera substantielle ou simplement une renvoi aux sanctions d'octobre — montrera si la pause reste une décision politique ou s'est déjà transformée en un refus permanent d'utiliser l'instrument de pression.