Du statut de "junk" au dépassement du Nasdaq : comment la Bourse d'Athènes est devenue la plus grande success story européenne

L'indice Athens Composite a augmenté de 146 % en cinq ans, surpassant le Nasdaq 100 avec ses 116 %. Derrière ce chiffre se cache treize ans de travail sur la dette, les banques et la réputation, qu'il a fallu reconstruire littéralement de zéro.

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Фото: depositphotos.com

En 2010, les agences de notation de crédit ont attribué aux obligations grecques une notation spéculative. Le trio de créanciers — le FMI, la BCE et la Commission européenne — a accepté d'allouer 110 milliards d'euros sous conditions d'une consolidation budgétaire stricte. Le chômage a atteint 27 %. En 2015, la Grèce a failli quitter la zone euro. Tout cela forme le contexte sans lequel les chiffres actuels ne sembleraient que simple chance.

Ce qui se cache derrière les chiffres

L'indice principal grec Athens Composite a augmenté d'environ 146 % au cours des cinq dernières années, surpassant le Nasdaq 100 technologique américain, qui a augmenté de 116 % sur la même période en raison de la vague de l'intelligence artificielle, selon les calculs d'Euronews. Mais une perspective sur le long terme est encore plus éloquente : depuis le creux pandémique de mars 2020, l'indice de référence athénien a bondi d'environ 320 % — dépassant plus que le double la croissance de l'indice composite MSCI des marchés développés, selon Athens Times.

Le principal moteur est le secteur bancaire. Selon les données de la Bourse d'Athènes (ATHEX), en 2024, la capitalisation boursière des banques a augmenté de 36 % et représente désormais 27 % de la capitalisation boursière totale de la plateforme. La part des créances non performantes (NPL), qui atteignait 37 % en 2016, a considérablement diminué grâce à la restructuration et à la vente de portefeuilles. Le rendement des fonds propres des banques approche 15 % — un niveau impensable au paroxysme de la crise.

La transition de statut attendue depuis treize ans

En 2023, la Grèce a retrouvé sa notation de crédit de catégorie investissement après plus d'une décennie en zone « spéculative ». Selon MSCI, entre 2021 et 2024, le PIB réel du pays a augmenté en moyenne de 4,75 % par an — contre 3 % en moyenne en Europe. La dette souveraine a diminué de 209,9 % du PIB en 2020 à 154,8 % en 2024 et devrait descendre à environ 130 % d'ici 2030.

La conclusion logique a été la décision de MSCI de reclasser la Grèce de la catégorie des marchés émergents à celle des marchés développés — pour la première fois depuis 2013. Cette reclassification entrera en vigueur lors de l'examen des indices de mai 2027.

« La Grèce sera le premier pays de l'histoire de MSCI à revenir au statut de marché développé après avoir été rétrogradé en marché émergent ».

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Les ombres qui n'ont nulle part disparu

L'euphorie a ses limites. Les analystes de JPMorgan ont publiquement critiqué la décision de MSCI, avertissant que la reclassification pourrait réorienter les flux de capitaux et réduire l'attention portée aux actions grecques par les gestionnaires de marchés émergents — sans garantie que leur place soit immédiatement occupée par les fonds de marchés développés. La période de transition comporte, selon les estimations, un risque de volatilité à court terme.

  • Les créances non performantes ont été formellement réduites, mais Cyprus Mail constate que leurs soldes continuent de peser sur certains segments de l'économie.
  • La dette souveraine à 154 % du PIB — même après une diminution spectaculaire — demeure l'une des plus élevées de la zone euro.
  • La croissance repose largement sur le tourisme et la construction, plutôt que sur le secteur technologique ou industriel.

Pourquoi c'est important au-delà de la Grèce

La trajectoire grecque est un rare exemple de la façon dont un emprunteur souverain ayant complètement perdu l'accès au marché a traversé un cycle complet : de trois programmes d'aide pour un total de plus de 300 milliards d'euros à la transition dans la catégorie des marchés développés. Ce n'est pas simplement de la statistique financière — c'est un argument dans le débat sur la question de savoir si les réformes structurelles sous pression externe peuvent produire des résultats durables, plutôt que simplement une stabilisation temporaire.

Si en 2027, après la reclassification effective de MSCI, l'afflux de capitaux des marchés développés dépasse l'exode des fonds émergents — le modèle grec recevra la confirmation la plus importante. Sinon, la question de savoir si la reprise est structurelle ou conjoncturelle redeviendra ouverte.

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