Parmi tous les citoyens ukrainiens que la Russie détient comme civils en captivité, seules 892 personnes sont officiellement confirmées au niveau international — via le Comité international de la Croix-Rouge. Le chiffre officiel vérifié par le gouvernement est plus élevé — environ 2 000. Mais l'ampleur réelle, selon les dires du médiateur de la Verkhovna Rada Dmytro Loubinets, pourrait atteindre 16 000 personnes. La différence entre ce que l'on sait et ce qui existe réellement n'est pas une erreur statistique. C'est un problème systémique.
Comment ils sont capturés et pourquoi ils disparaissent
Les civils sont arrêtés sur les territoires occupés et lors des procédures de filtration. Selon Loubinets, la Russie tente sciemment de les reclasser en « combattants » — pour les soustraire à l'application des normes protégeant les civils. Les Conventions de Genève interdisent d'échanger des civils otages contre des prisonniers de guerre : ce sont des catégories juridiques différentes. Mais l'Ukraine a déjà réussi à rapatrier 168 civils dans le cadre de procédures d'échange — grâce à un mécanisme distinct que le groupe de négociation construit manuellement.
«Nous avons une liste distincte selon laquelle, d'après les données préliminaires, plus de 16 000 citoyens civils ukrainiens se trouvent dans les prisons russes»
Dmytro Loubinets, médiateur de la Verkhovna Rada, Ukrinform
Pourquoi le CICR a vérifié si peu
Le seul canal officiel de confirmation de la captivité est l'information du CICR. Mais l'organisation ne travaille qu'avec les personnes auxquelles elle a pu accéder. La Russie, contrairement aux exigences du droit international humanitaire, n'a pas créé de Bureau national d'information — un organe censé tenir un registre des prisonniers et transmettre les données à la partie adverse. À la place, ses fonctions sont partiellement assumées par la ligne directe du ministère de la Défense russe, ce qui ne constitue pas un équivalent satisfaisant. Résultat : même le Registre unifié des personnes disparues en Ukraine compte plus de 80 000 personnes — et pour la plupart d'entre elles, le statut reste inconnu.
Les civils — une catégorie distincte qui s'échappe de l'échange
L'échange de prisonniers du 26 juin a rapatrié 160 militaires ukrainiens. Les civils n'entrent juridiquement pas dans cette liste — il n'existe pas de mécanisme standardisé pour eux. Loubinets a également noté que la Russie détient des journalistes, et Moscou n'a toujours pas remis le corps de la journaliste Victoria Rochtchina, dont la mort est confirmée par un certificat officiel.
Tant que la Russie ne donnera pas au CICR accès aux lieux de détention des civils et ne remplira pas ses obligations concernant le Bureau national d'information, le chiffre de « 16 000 » restera une estimation — sans noms, sans statuts, sans chance d'échange selon aucun protocole en vigueur. La question n'est pas de savoir combien il y en a vraiment. La question est de savoir si un mécanisme de vérification verra le jour avant la fin de la guerre — car après la signature de tout accord, l'accès à ces personnes pourrait devenir encore plus difficile.