27 000 tonnes de pétrole russe en échange de plastique : comment la fermeture du détroit d'Ormuz a ouvert la porte à Moscou

LG Chem a arrêté la production d'éthylène, déclaré un cas de force majeure — et a finalement accepté la première cargaison de pétrole russe. Derrière cette décision se trouve une autorisation américaine temporaire qui expire le 11 avril.

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Міністр промисловості Південної Кореї Кім Чон-Кван на АЗС (Фото: Міністерство торгівлі, промисловості та природних ресурсів/Facebook)

Le 30 mars, un tanker chargé de 27 000 tonnes métriques de pétrole russe a accosté au complexe industriel sud-coréen de Daesan. La cargaison appartient à LG Chem — le principal fabricant chimique du pays. Ce n'est pas une simple transaction commerciale : il s'agit de la première brèche officiellement documentée dans le régime de sanctions entourant les matières premières russes sur le marché coréen — réalisée non pas en dépit des États-Unis, mais avec leur assentiment tacite.

De l'arrêt d'une usine au « corridor d'urgence »

Le pétrole — en l'occurrence, le pétrole brut — est une matière première pour la production d'éthylène, de plastique et de résines synthétiques. La Corée du Sud consomme chaque mois environ 4 millions de tonnes de pétrole, dont 45 % sont importées, et 77 % de ces importations transitaient traditionnellement par le détroit d'Ormuz. Lorsque, après des frappes américano-israéliennes contre l'Iran, le trafic de tankers par le détroit a pratiquement cessé, la chaîne d'approvisionnement s'est rompue en un éclair.

Dès le lundi 24 mars, LG Chem a arrêté la production d'éthylène à son usine de Yeosu. L'entreprise, comme Lotte Chemical et Hanwha Solutions, a envoyé à ses clients des avis de force majeure — un instrument juridique permettant de se dégager d'obligations contractuelles en raison de circonstances indépendantes de la volonté des parties. Selon la Fédération coréenne des coopératives de l'industrie des plastiques, 71 % des entreprises interrogées ont reçu de la part de leurs fournisseurs un avis de réduction ou de suspension possible des livraisons de résines, et 92 % ont été informées d'une hausse des prix des matières premières.

« Il vaudrait mieux qu'il existe, au niveau gouvernemental, un système de réserves stratégiques de pétrole. »

Un représentant de LG Chem, cité par Packaging Insights

Une fenêtre de 30 jours

La décision de Washington a joué un rôle clé. Le 12 mars, les États-Unis ont délivré une autorisation de 30 jours pour l'achat de produits pétroliers russes soumis à sanctions. Selon The Korea Herald, citant le ministère de l'Industrie, c'est précisément cette dérogation qui a rendu l'opération de LG Chem juridiquement possible. La dérogation expire le 11 avril — et il est pour l'instant impossible de savoir si elle sera prolongée.

Parallèlement, le gouvernement coréen a interdit l'exportation de pétrole à partir de minuit jeudi, tentant de retenir les stocks restants de matière première à l'intérieur du pays. Dans le même temps, l'Union européenne, selon The Korea Times, maintient une position ferme sur toute forme de commerce avec la Russie dans le secteur de l'énergie — ce qui expose les entreprises coréennes, grandes exportatrices vers le marché de l'UE, à une pression réglementaire potentielle.

  • 27 000 tonnes — volume de la livraison de LG Chem ; c'est moins de 1 % des besoins mensuels du pays
  • 80 % du pétrole transitant par le détroit d'Ormuz en 2025 se dirigeait vers l'Asie, selon Wood Mackenzie
  • 12–14 millions de barils de pétrole brut transitaient chaque jour par le détroit avant sa fermeture
  • LG Chem, Lotte Chemical, Hanwha Solutions — les trois ont déclaré la force majeure à leurs clients

Un précédent qu'on a du mal à appeler un précédent

Le poids symbolique de l'événement va bien au-delà d'un simple lot de matières premières. La Corée du Sud est l'un des principaux alliés des États-Unis en Asie et un pays qui a systématiquement respecté la pression des sanctions contre Moscou depuis 2022. Maintenant, ce même pays, avec la connaissance de Washington, achète officiellement pour la première fois du pétrole russe — même si c'est via un « corridor d'urgence » exceptionnel.

Le langage officiel est prudent : le gouvernement parle de « diversification des sources » et de « mesures de crise », et le PDG de LG Chem a remercié le gouvernement pour son « aide à l'achat et au paiement ». Mais la mécanique est claire : le déficit provoqué par une guerre a effrité la ligne de sanctions tracée par une autre.

Si Washington ne prolonge pas l'autorisation après le 11 avril, LG Chem se retrouvera à nouveau face à un choix : arrêt de la production ou recherche de matières premières sur un marché où elles n'existent pas physiquement. Mais si elle est prolongée — le « corridor d'urgence » temporaire risque de se transformer en une nouvelle norme commerciale, qu'il sera de plus en plus difficile de refermer.

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