Fedorov veut que la « zone de tuerie » du front se vide de ses habitants — et c'est déjà un conflit au sein des Forces armées

Le ministre de la Défense a présenté dans le New York Times la stratégie « Air, Terre, Économie » — et s'est heurté à l'opposition de ses propres généraux. La question ne porte pas sur le futurisme, mais sur qui contrôle les décisions sur le terrain.

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Михайло Федоров (Фото: Міноборони України)

Mikhaïlo Fedorov a accordé une interview au New York Times — et l'élément le plus intéressant n'est pas la citation sur les armes nucléaires, mais un détail que les gros titres ont omis : la stratégie du ministre a déjà provoqué un conflit interne au commandement.

Les mathématiques plutôt que l'infanterie

L'assistante de Fedorov, Valeria Ionan, a expliqué au NYT : le ministre «croit aux mathématiques de la guerre». Selon sa vision, la « zone de contact » — une bande le long de la ligne de front où les drones dominent actuellement — se videra progressivement des humains. La guerre sera menée par des robots sur terre et dans les airs, les uns contre les autres.

«Les armes autonomes, c'est la nouvelle arme nucléaire. Les pays qui les posséderont seront protégés».

Mikhaïlo Fedorov, ministre de la Défense de l'Ukraine, NYT

La stratégie a un nom officiel — «Ciel, Terre, Économie» — et a été approuvée par Zelenski. Trois objectifs : intercepter au moins 95% des drones et missiles russes, frapper les terminaux d'export pétrolier russes et éliminer les effectifs ennemis plus vite que Moscou ne peut les remplacer par le recrutement.

Où ce n'est plus de la théorie

Parallèlement à son interview, Fedorov a annoncé l'utilisation au combat d'une tourelle autonome alimentée par l'IA, développée dans le cadre du cluster Brave1 en collaboration avec Palantir. Le système fonctionne en mode semi-autonome — il détecte et détruit les drones, notamment ceux résistants à la guerre électronique. Actuellement, les tourelles sont déployées dans plus de 10 unités sur les secteurs les plus chauds du front. L'étape suivante, selon le ministre, sera la production massive le long de toute la ligne de contact.

Par le biais de la plateforme Brave1 Dataroom, créée avec Palantir, plus de 100 entreprises entraînent plus de 80 modèles d'IA sur des données de combat réelles anonymisées. Ce n'est plus un projet pilote — c'est une infrastructure.

Le conflit que le NYT n'a pas caché dans les sous-entendus

Le journal a documenté ouvertement : la rhétorique futuriste de Fedorov a provoqué une lutte d'influence au sein de l'armée. Le commandant en chef des Forces armées ukrainiennes, Oleksandr Syrski, et une partie des généraux sont sceptiques quant à la dépendance envers les systèmes autonomes — particulièrement compte tenu du fait que le front tient depuis trois ans grâce aux soldats. Ce n'est pas une querelle publique, mais le NYT l'a documentée comme une véritable fracture dans la pensée stratégique de l'armée.

C'est là que réside le vrai nerf de l'article : pas la technologie, mais la question de la confiance. Les armes autonomes qui prennent elles-mêmes les décisions de combat — c'est un autre niveau de délégation pour lequel l'armée, construite sur une hiérarchie de commandement, peut simplement ne pas être institutionnellement prête.

  • Un drone remplace déjà un obusier de 155 mm — il transporte des obus vers la cible sans équipe d'artillerie.
  • La tourelle IA détruit des cibles en mode semi-autonome sans opérateur dans la boucle.
  • L'étape suivante — autonomie complète : la machine prend seule la décision de frapper.

C'est précisément à cette troisième étape que se concentre le conflit. Non pas entre Fedorov et les généraux en tant que personnes — mais entre deux modèles de guerre : l'industriel, où l'humain décide, et l'algorithmique, où l'humain ne fait que fixer les paramètres.

Si l'Ukraine est la première à déployer à grande échelle des systèmes de combat entièrement autonomes — elle obtient un avantage asymétrique. Mais si le premier dysfonctionnement remarqué ou une frappe erronée survient sur le terrain, ce ne sera pas simplement une perte tactique : ce sera un argument pour ceux en Occident qui font déjà pression pour une interdiction internationale des armes autonomes. Fedorov parviendra-t-il à prouver les « mathématiques » à l'échelle avant que le premier incident public ne renverse la discussion ?

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