Le ministre de la Défense estonien : l'Europe n'est pas prête à se défendre seule — et compte sur les États-Unis

Hanno Pevkur l'a reconnu franchement : sans le parapluie américain, l'Europe est actuellement vulnérable. Mais cette franchise soulève une question inconfortable sur le rythme des efforts de défense propres à l'Europe.

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Ханно Певкур (Фото: Jim Lo Scalzo / EPA)

Le ministre de la Défense estonien Hanno Pevkur a confirmé publiquement ce que l'on préfère évoquer avec plus de prudence à Bruxelles : l'Europe n'est pas capable aujourd'hui d'assurer seule sa propre sécurité militaire. Selon lui, en cas d'agression russe, les États-Unis protégeront les alliés de l'OTAN — et c'est sur cet équilibre de dissuasion que repose l'ordre actuel.

La déclaration du ministre estonien ne ressemblait pas à un avertissement, mais plutôt à un constat. L'Estonie — un pays de 1,4 million d'habitants partageant une frontière avec la Russie — dépense depuis longtemps plus de 3 % du PIB pour la défense et comprend le coût réel de la sécurité mieux que la plupart de ses partenaires de l'alliance. C'est pourquoi les paroles de Pevkur doivent être lues non comme une tranquillisation, mais comme un diagnostic.

Le problème ne réside pas dans le fait que les États-Unis pourraient théoriquement ne pas protéger l'Europe. Le problème, c'est que la dépendance envers un seul garant est une vulnérabilité structurelle que Moscou calcule soigneusement. Toute turbulence politique interne à Washington, tout marchandage autour des conditions de soutien transforme cette dépendance en variable, et non en constante.

La plupart des pays de l'UE n'ont toujours pas atteint le seuil minimum de l'OTAN de 2 % du PIB consacré à la défense. L'initiative européenne de défense existe essentiellement sous la forme de déclarations et de fonds de démarrage — sans armée commune, sans commandement unifié, sans consensus sur l'autonomie stratégique.

Pevkur a, de fait, dit à haute voix ce qui est une condition préalable de la planification de l'OTAN. Mais cette honnêteté met en lumière la question qui reste toujours sans réponse : si l'Europe est consciente de son manque de préparation — selon quels critères et jusqu'à quelle année envisage-t-elle de surmonter cette préparation insuffisante ?

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