Le ministre hongrois des Affaires étrangères Péter Szijjártó a téléphoné à son homologue iranien Abbas Araghchi le 30 septembre 2024. Selon une transcription obtenue par The Washington Post, Szijjártó a assuré que la Hongrie n'était pas impliquée dans la fabrication des téléavertisseurs qui ont explosé, et a ajouté que les services de renseignement hongrois avaient déjà ouvert leur propre enquête et étaient prêts à partager les données collectées avec Téhéran.
L'attaque s'est déroulée les 17 et 18 septembre : des milliers de téléavertisseurs et de talkie-walkies de membres du Hezbollah ont explosé de manière synchronisée. Douze personnes ont été tuées, plus de 2800 ont été blessées. Personne n'a revendiqué publiquement la responsabilité, mais tout le monde pointait du doigt vers Israël.
Le paradoxe
La Hongrie se positionne officiellement comme l'un des membres de l'UE les plus pro-israéliens. Le Premier ministre Netanyahou a qualifié Orbán de personnage qui « se tient comme un roc » à la veille des élections hongroises de 2026 et a en fait appelé les Hongrois à voter pour lui. Parallèlement, le vice-président américain JD Vance s'est rendu à Budapest et s'est exprimé lors d'un rassemblement pro-Orbán.
«La Hongrie est l'un des plus grands soutiens d'Israël dans la politique officielle»
— ancien responsable de la Maison-Blanche, cité par The Washington Post
C'est pourquoi l'appel téléphonique de Szijjártó à Téhéran n'est pas simplement un geste diplomatique. C'est une proposition de coopération en matière de renseignement avec un pays que les États-Unis considèrent officiellement comme un sponsor du terrorisme, adressée deux semaines après l'opération secrète la plus retentissante de l'année.
Ce n'est pas la première fois
Le scandale des téléavertisseurs n'est qu'un nouvel épisode d'une série plus longue. Selon les enquêtes menées par les médias d'investigation, notamment VSquare, Szijjártó transmettait régulièrement à Sergueï Lavrov des documents confidentiels provenant des séances fermées de l'UE. Le parti d'opposition « Tisza » exige l'ouverture d'une procédure pour haute trahison — l'article prévoit l'emprisonnement à vie. Le gouvernement hongrois a répondu en poursuivant en justice le journaliste Szabolcs Panyi, qui avait révélé les enregistrements des conversations.
- Septembre 2024 : les téléavertisseurs du Hezbollah explosent ; la Hongrie propose à l'Iran les données de son enquête
- Début 2026 : fuite des transcriptions des négociations entre Szijjártó et Lavrov sur l'ingérence dans les élections slovaques
- Avril 2026 : le WP publie un article sur l'appel à l'Iran ; Vance et Netanyahou font campagne pour Orbán
Pourquoi Washington reste silencieux
Un ancien responsable de la Maison-Blanche a reconnu dans un commentaire au WP que la Hongrie tentait peut-être de réduire les tensions avec Téhéran après l'attaque. Mais cette explication ne règle pas la question — car l'administration Trump mène parallèlement une diplomatie agressive contre l'Iran et soutient Orbán aux élections. Les deux positions sont difficiles à tenir dans une même logique.
L'article a été publié une semaine avant les élections parlementaires hongroises du 12 avril 2026 — moment où toute nouvelle révélation est particulièrement sensible pour les deux parties.
Si Orbán remporte les élections et que le WP publie la transcription complète de l'appel — l'administration Trump pourra-t-elle continuer à soutenir officiellement un gouvernement qui proposait des renseignements à un allié du Hezbollah ?