Ce que les journalistes ont découvert
La publication britannique The Telegraph a publié une enquête sur un réseau de tunnels souterrains qui auraient été utilisés pour faire passer des migrants clandestins de la Biélorussie vers la Pologne. Selon les autorités polonaises, en 2025 les gardes-frontières ont découvert au moins quatre de ces tunnels ; l'un des plus importants — à proximité du village de Narivka — aurait été utilisé par environ 180 personnes, principalement originaires d'Afghanistan et du Pakistan.
Preuves et détails opérationnels
Les forces de l'ordre polonaises indiquent que le tunnel mesurait environ 1,5 m de hauteur, que l'entrée côté biélorusse était dissimulée dans la forêt et que la structure comportait des tirants en béton empêchant l'effondrement. Selon l'agent des frontières Katarzyna Zdanowicz, la combinaison de moyens physiques et électroniques permet de réagir même aux tentatives souterraines de franchissement de la frontière.
« Les mesures de sécurité physiques et électroniques à la frontière, telles que les caméras thermiques et les systèmes de détection, nous permettent de réagir immédiatement à toute tentative de franchissement de la frontière nationale, même souterraine. »
— Katarzyna Zdanowicz, officier de la Direction des frontières de Podlachie
Qui pourrait être impliqué
Le reportage évoque des spécialistes du Moyen-Orient dotés d'« un haut niveau d'expertise » dans la construction de tunnels. Des analystes militaires rapprochent de tels travaux d'organisations ayant une expérience antérieure des infrastructures souterraines (par exemple le Hamas ou le Hezbollah), mais il n'existe pour l'instant aucune preuve documentaire directe de la complicité de ces groupes. La chercheuse américaine Lynette Nusbacher a qualifié d'« plausible » l'implication de groupes soutenus par l'Iran.
« L'une des premières choses que nous avons vues après la guerre du Liban en 2006, ce fut une série de bétonnières... nous avons observé un nombre énorme de tunnels iraniens. »
— Lynette Nusbacher, chercheuse (citation tirée du The Telegraph)
Contexte et rationalité : pourquoi c'est important
Cette affaire mérite attention non seulement pour sa dimension criminelle. L'utilisation de voies souterraines est un exemple de tactique hybride, combinant flux migratoires, désinformation et solutions infrastructurelles pour exercer une pression politique sur les voisins. La Biélorussie avait déjà été utilisée comme base de transit avant 2022 pour faire passer des milliers de personnes à travers la frontière polonaise ; la réaction de Varsovie — une clôture de 200 kilomètres et des centaines de caméras — est illustrative pour la région.
Réaction de Varsovie et conséquences pour la région
La Pologne affirme disposer de moyens techniques pour détecter et neutraliser de tels tunnels, mais souligne : lorsqu'un canal se ferme, d'autres s'ouvrent. Les mesures politiques comprennent aussi une campagne d'information annoncée par le Premier ministre Tusk dans sept pays, visant à lutter contre l'immigration illégale et à réduire les canaux de recrutement et de passage.
Ce que cela signifie pour l'Ukraine
Pour l'Ukraine, l'importance de cette affaire est double. D'une part, la normalisation d'opérations hybrides complexes à proximité des frontières de l'UE augmente les risques d'escalade de l'instabilité dans les régions voisines. D'autre part, la tactique consistant à saper la confiance dans les frontières et à rediriger les flux de personnes peut détourner des ressources de partenaires cruciales pour le soutien à l'Ukraine. Les analystes s'accordent à dire qu'une coordination plus large entre l'UE, l'OTAN et les États voisins est nécessaire pour l'échange de renseignements, les technologies de détection des travaux souterrains et la lutte informationnelle.
Conclusion
Si les affirmations du The Telegraph sont entièrement confirmées, il s'agirait d'un exemple de transformation de la question migratoire en un instrument de pression hybride. La question n'est pas seulement de savoir qui a construit les tunnels, mais de savoir comment l'UE et ses voisins pourront bloquer systématiquement de tels instruments afin qu'ils ne deviennent pas un mécanisme permanent de déstabilisation.