Il y a quatre mois, Donald Trump appelait publiquement Giorgia Meloni une « femme merveilleuse » et un « leader très fort ». Le 14 avril 2026, dans une interview au Corriere della Sera, il a dit autre chose : « Je suis choqué par elle. Je pensais qu'elle avait du courage. Je me suis trompé ».
Les raisons sont doubles. Premièrement, Meloni a refusé d'envoyer des dragueurs de mines italiens pour ouvrir le détroit d'Ormuz, que les États-Unis tentent de débloquer après que l'Iran l'a effectivement fermé à la navigation. Deuxièmement, la première ministre a qualifié d'« inacceptables » les paroles de Trump à propos du pape Léon XIV — un pontife américain que le président a critiqué publiquement pour son désaccord avec la guerre contre l'Iran.
Ce qui se cache derrière les paroles sur le « courage »
Trump, dans cette même interview, a expliqué directement la logique de son mécontentement : « Ils dépendent de Donald Trump pour garder le détroit ouvert. Ils paient les prix de l'énergie les plus élevés au monde — et ils ne sont même pas prêts à les combattre ». Selon le président, il a demandé à Rome d'envoyer « tout ce qu'ils voudront » — mais il a reçu un refus.
« Elle n'est plus la même personne, et l'Italie ne sera plus le même pays ».
Donald Trump, Corriere della Sera, 14 avril 2026
Meloni a répondu : « C'est lui qui est inacceptable ». Cependant, la rhétorique publique est secondaire. Le primaire est le prix du mégawatt-heure.
Combien coûte un détroit fermé
Environ 20 % du pétrole mondial et du gaz naturel liquéfié transitent par Ormuz. Depuis mars 2026, lorsque le détroit a été effectivement bloqué, la Commission européenne a estimé l'augmentation des prix du gaz dans l'UE à 70 %, du pétrole à 50 %. La facture supplémentaire pour l'importation de combustibles fossiles s'élève à 13 milliards d'euros pour l'UE dans son ensemble.
Pour l'Italie, les chiffres sont plus douloureux que pour la France ou l'Espagne. Comme l'avertit le centre analytique ECCO, qui se spécialise dans le climat et l'énergie, l'augmentation des coûts énergétiques est capable d'augmenter l'inflation en Italie de 1 à 1,5 points de pourcentage uniquement en raison du conflit iranien. La Banque d'Italie décrit la situation actuelle comme une « incertitude exceptionnellement élevée ». Le chef de l'AIE, Fatih Birol, avait qualifié cette crise une semaine plus tôt du « pire choc énergétique de l'histoire » — plus grave que les crises pétrolières des années 1970 et les conséquences de l'invasion russe de l'Ukraine réunies.
La BCE, dans ses prévisions de mars, a révisé la croissance de la zone euro de 1,3 % à moins de 1 % en 2026, avertissant du risque de stagflation en cas de conflit prolongé. L'OCDE a réduit ses prévisions pour l'Italie à 0,4 % — le plus bas parmi les grandes économies du bloc.
Le prix interne d'une amitié externe
La rupture Trump-Meloni intervient dans un contexte intérieur défavorable pour la première ministre. Fin mars, elle a perdu un référendum sur la réforme judiciaire — sa première défaite majeure depuis son arrivée au pouvoir. Les analystes du Conseil européen des relations internationales (ECFR) relient directement cette défaite à deux facteurs : l'augmentation des prix du carburant et l'association avec Trump, dont l'impopularité en Italie bat des records.
- La part des Italiens ayant une opinion positive de Trump est passée de 35 % à 19 % depuis le début du conflit iranien.
- Parmi les électeurs âgés de 18 à 34 ans, 61 % ont voté contre la réforme de Meloni.
- Le vice-premier ministre Matteo Salvini — un autre ancien sympathisant du MAGA — s'est publiquement distancié de Trump après son attaque contre le pape.
Meloni était le seul leader européen à l'inauguration de Trump en 2025 et comptait convertir la proximité avec la Maison-Blanche en capital politique intérieur. Au lieu de cela, comme le notent les analystes de l'ECFR, « l'attaque iranienne a montré : Rome est un acteur périphérique dans les décisions stratégiques de Washington ».
Maintenant, tentant de compenser les pertes liées à Ormuz, Meloni a volé d'urgence en Algérie pour des négociations sur les approvisionnements gaziers alternatifs — des étapes qui soulignent à quel point le pari sur les garanties de sécurité américaines s'est avéré vulnérable au lieu d'une diversification.
La logique de l'ultimatum
Trump a répété dans cette même interview une thèse qu'il diffuse à toute l'Europe : les pays qui reçoivent des États-Unis la sécurité et l'accès aux voies maritimes sont obligés de participer militairement à leur protection. « J'ai demandé d'envoyer tout ce qu'ils voudraient. Mais ils ne veulent pas », a-t-il dit à propos de la demande de dragueurs de mines.
Capital Economics met en garde dans sa note analytique : le blocus américain « risque de créer de nouveaux points d'inflammation potentiels » dans le conflit. Daniel Yergin, vice-président de S&P Global, a caractérisé la situation plus brièvement : « Rien de comparable par son ampleur n'a jamais existé ».
Si le détroit reste bloqué jusqu'à la fin de l'été et que les prix du gaz se maintiennent autour de 50 à 60 euros par MWh, la question adressée à Meloni ne viendra pas de Trump, mais des industriels de Lombardie et de Vénétie — les régions où les producteurs d'acier et de produits chimiques ont déjà intégré dans leurs comptes des surcharges de 30 % en raison des coûts énergétiques : le pari sur l'amitié avec Washington était-il une stratégie — ou simplement une posture risquée ?