Le vendredi 24 avril, lors du 18e Forum de sécurité de Kyiv sur le thème « Obscurité ou aube : y a-t-il une lumière devant nous ? », l'amiral néerlandais Rob Bauer a prononcé une phrase qui reformate la logique de la planification de l'OTAN : « La décision d'attaquer l'OTAN ne peut pas être prise uniquement à Moscou — elle sera prise à Pékin. La Russie est un vassal de la Chine ».
Le scénario taïwanais comme déclencheur pour l'Europe
Bauer, qui a dirigé le Comité militaire de l'OTAN jusqu'en janvier 2025 et était le principal conseiller militaire du secrétaire général de l'Alliance, a développé cette thèse dans une interview accordée à NV quelques jours avant le forum. Selon ses dires, le scénario qui préoccupe le plus l'OTAN est une opération coordonnée : la Chine organise une pression sur Taïwan et encourage simultanément la Russie à frapper l'un des pays de l'Alliance.
« Si la Russie attaque un pays européen, les États-Unis seront contraints de combattre sur deux fronts — en Europe et dans la région Asie-Pacifique. C'est le scénario qui est actuellement envisagé et qui suscite des préoccupations à l'OTAN ».
Rob Bauer, ancien président du Comité militaire de l'OTAN, en interview à NV
En d'autres termes, la menace pour Tallinn ou Varsovie ne commence pas par une décision de Poutine, mais par une décision de Xi Jinping concernant Taïwan. Cela change le modèle même d'alerte précoce.
Le levier économique qui existe déjà
La dépendance vassale n'est pas une métaphore. La Chine est l'un des principaux acheteurs de pétrole et de gaz russes depuis que l'Occident a réduit ses importations. Les entreprises chinoises continuent de fournir des composants à double usage, se retrouvant sous le coup des sanctions, mais ne s'arrêtent pas pour autant. Sans cette ressource financière et technologique, la Russie ne pourrait pas maintenir le rythme actuel de la guerre.
Bauer a également rappelé la vulnérabilité symétrique de l'Occident : la Chine produit 60 % des terres rares mondiales et en traite 90 % du volume total. Les composants chimiques pour une grande partie des médicaments critiques en Europe et aux États-Unis sont également d'origine chinoise.
« Nous sommes naïfs si nous croyons que le Parti communiste n'utilisera jamais ce pouvoir ».
Rob Bauer, novembre 2024
Ce que cela signifie pour la planification de l'OTAN
Si la logique de Bauer est correcte, l'indicateur de menace pour l'Europe ne sera pas la concentration des troupes russes à la frontière, mais la dynamique dans le détroit de Taïwan. L'OTAN, selon l'amiral, mène déjà des discussions pertinentes à ce sujet. Il a appelé les alliés à renforcer non seulement la puissance militaire, mais aussi le potentiel industriel et financier — et à éviter tout schisme entre les alliés, notamment avec les États-Unis.
- La Russie augmente son armée quantitativement, mais sa qualité s'est dégradée depuis le début de l'invasion à grande échelle — c'est également ce qu'observe Bauer.
- Une victoire « classique » — ni pour l'Ukraine ni pour la Russie — lui semble peu probable.
- À la conférence, l'amiral a présenté la traduction ukrainienne de son livre « Si tu veux la paix, prépare la guerre ».
Si le scénario de Bauer est réaliste, la question n'est pas de savoir si la Russie est prête à attaquer l'OTAN — mais plutôt quand Pékin aura besoin d'un deuxième front : la réponse dépend de si la Chine osera recourir à la force contre Taïwan et si elle recevra de Washington des signaux suffisants selon lesquels les États-Unis sont surétendus et non préparés à combattre simultanément dans deux régions.