Zelenski l'a raconté sur le ton du quotidien — comme s'il s'agissait d'un horaire de travail habituel :
« Aujourd'hui, il est déjà clairement défini que les représentants américains seront en Ukraine dans les prochains jours et seront en Russie... Nous avons discuté aujourd'hui que Steve Witkoff et Jared Kushner visiteront Moscou et dimanche visiteront Kyïv »
Mais derrière cette phrase se cache la première visite, depuis le début de la guerre à grande échelle, des deux principaux négociateurs de Trump directement à la capitale ukrainienne.
Pourquoi maintenant
Formellement, les dates ont déjà été annoncées : Witkoff et Kushner partiront vendredi, mèneront des négociations avec le président russe Vladimir Poutine au Kremlin samedi, puis rencontreront le président ukrainien Volodymyr Zelenski à Kyïv dimanche. Mais le fait même de ce voyage est le résultat de plusieurs mois d'hésitation, et non d'une décision soudaine.
Les pourparlers par l'intermédiaire de l'administration Trump sont pratiquement restés au point mort depuis l'hiver : les négociations entre la Russie et l'Ukraine par l'intermédiaire de l'administration Trump ont été suspendues à la mi-février, après le début de la guerre avec l'Iran. Depuis, Witkoff et Kushner se sont concentrés sur d'autres crises, et la diplomatie ukrainienne est restée sans canal direct avec la Maison-Blanche au plus haut niveau.
Ce qui a donné l'impulsion, ce n'est pas la diplomatie publique, mais le travail de renseignement en coulisse. La visite des représentants spéciaux de Trump intervient 10 jours après que le directeur de la CIA, John Ratcliffe, a rencontré les dirigeants du renseignement russe et des services spéciaux à Moscou, tentant de déterminer si les services de renseignement russes pouvaient convaincre Poutine de s'engager dans la diplomatie pour mettre fin à la guerre. Autrement dit, la décision de partir s'est mûre non dans les salles de négociation, mais dans les bureaux des services spéciaux.
Parallèlement, la date et l'itinéraire ont été coordonnés longtemps et nerveusement. Les responsables ukrainiens et américains disent qu'ils ont discuté de la visite à Kyïv pendant des mois, et ces derniers jours, elle a été annulée et reprise plusieurs fois pour diverses raisons, jusqu'à ce que les parties ne se décident sur ce week-end.
À qui cela profite
Pour Trump, c'est une chance de montrer du mouvement là où il y avait stagnation jusqu'à présent — après une pause causée par l'Iran, toute activité sur le front ukrainien semble être un retour à l'initiative. Pour Zelenski, c'est l'occasion d'avoir une conversation directe avec les négociateurs, et non des informations sur les accords après coup depuis Moscou, comme cela s'était produit auparavant. Il est significatif que le commentateur politique Igor Petrenko décrive cela dans sa chronique pour « Glavkom » de cette manière : pour la première fois depuis le printemps dans cette phase, Kyïv ne participe pas en tant que capitale qui est informée après Moscou, mais en tant qu'acteur avec son propre levier, dont le médiateur a déjà ressenti le prix.
L'Ukraine, de son côté, démontre sa bonne volonté avant même le début des pourparlers — Zelenski a promis
« le fonctionnement normal de l'espace aérien russe pour que les négociateurs puissent arriver en toute sécurité »
et a souligné qu'il n'y aurait pas de frappes du côté ukrainien pendant la logistique de la visite. C'est à la fois un geste et un test : la Russie répondra-t-elle de manière symétrique par le silence, comme l'exige Kyïv.
Réaction des adversaires
La réaction la plus révélatrice n'est pas une dénégation, mais le silence. Le Kremlin ne confirme officiellement même pas les détails fondamentaux. Le Kremlin a déclaré vendredi que la possibilité d'un règlement pacifique en Ukraine subsiste, mais qu'il n'existe actuellement pas de base concrète pour cela, refusant de confirmer si les négociateurs américains Steve Witkoff et Jared Kushner visiteront vraiment Moscou dans les prochains jours. Le porte-parole Peskov s'est limité à une déclaration prudente :
« Pour l'instant, je ne ferais aucune déclaration, mais nous informerons lorsque ces contacts auront lieu »
Plus intéressant encore — en coulisse, il y a des signes que Moscou ne veut pas voir les Américains précisément à Kyïv. Selon une source informée de la situation, les Russes ne veulent pas qu'ils viennent ici, à Kyïv, et Witkoff réagit toujours de manière sensible aux sentiments en Russie. C'est précisément pour cela qu'une partie du voyage restait encore en question, et l'itinéraire et les délais ont changé littéralement dans les derniers jours.
Il y a aussi une autre ligne de résistance — non pas du côté du Kremlin, mais de la part des critiques des négociateurs eux-mêmes. Witkoff et Kushner sont critiqués pour une trop grande complaisance envers Poutine et une naïveté dans la présentation des positions du Kremlin, notamment pour avoir plaidé en faveur de concessions de l'Ukraine en territoires comme moyen de terminer la guerre. C'est cette réputation avec laquelle ils se rendent à Kyïv — et que le côté ukrainien prend certainement en compte en préparant l'ordre du jour de la réunion.
Quelle suite
Si dimanche se déroule sans ruptures et sans un nouveau paquet de frappes de missiles sur Kyïv à la veille de la réunion, ce sera le premier signal en six mois que le canal de négociation se rétablit réellement, et ne reçoit pas simplement une nouvelle date sur le calendrier. Si Moscou repousse ou limite à nouveau le format — la question devrait alors être posée non pas à Zelenski, mais à Witkoff lui-même : est-il prêt à apporter à Kyïv quelque chose de plus concret que la promesse de « voir ce qu'ils diront à Moscou ».