Lorsque l'armée française annonce l'acquisition de nouveaux systèmes de défense aérienne, la réaction habituelle consiste à noter le fait de la commande et à passer à autre chose. Mais dans le cas du RapidFire, il y a un détail qui rend l'accord plus intéressant que le chiffre « 7 systèmes ».
Ce que la France achète — et pourquoi maintenant
Le ministère des Forces armées français a commandé sept systèmes d'artillerie antiaérienne RapidFire de calibre 40 mm fabriqués par KNDS France et Thales. Ils intégreront le système multicouche de défense aérienne des Forces aérospatiales : le RapidFire protège la courte portée, le SAMP/T NG et le VL-MICA assurent la portée moyenne. Le financement est prévu par le programme de défense pour 2024-2030, avec une mise en service prévue avant la fin de la décennie.
La décision d'achat reflète une tendance paneuropéenne : les bases aériennes, autrefois considérées comme protégées en arrière, sont désormais des cibles pour les drones bon marché et les munitions baguettes loitering de type « Shahed ». Les systèmes de défense aérienne traditionnels à missiles pour intercepter de telles menaces sont économiquement insensés — un missile à un million d'euros contre un drone à mille euros.
Un système à la frontière de deux domaines
Le RapidFire n'est ni un canon antiaérien classique ni une solution C-UAS au sens conventionnel.
« Le système se situe à la frontière entre le domaine de la très courte portée de la défense aérienne et la lutte contre les drones — il peut combattre les menaces habituelles tout en étendant considérablement la portée des missions C-UAS »
— représentants de KNDS, EDR Magazine
Le canon CTA 40 mm tire jusqu'à 180 coups par minute, dispose de 140 munitions prêtes à tirer dans la tourelle et a une portée effective jusqu'à 4 000 mètres. Le système de contrôle du tir recalcule la position de la cible après chaque coup — cela permet de frapper la cible avec le minimum de munitions.
Le maillon clé qui n'existe pas encore
Le plus intéressant réside dans les détails des munitions. Parmi toute la nomenclature des munitions pour le RapidFire, les développeurs soulignent particulièrement l'A3B (Anti-Aerial AirBurst) — une munition à dispersion dirigée de sous-projectiles en tungstène, efficace contre les drones, les hélicoptères, les missiles subsoniques et même les cibles du type « roquette, artillerie, mortier ». C'est elle qui devrait assurer le potentiel antiaérien complet du système. Le problème : l'A3B est au niveau de maturité technologique TRL5 et n'apparaîtra en série que en 2027. Le contrat de développement, de production industrielle et de livraison du premier lot de 500 unités a été signé fin 2024.
Ainsi, la France recevra les systèmes avant que n'apparaisse la munition optimale pour eux. Pendant la période de transition, ils couvriront ce besoin avec les obus fragmentaires et autres munitions programmables disponibles — ce qui représente déjà un progrès substantiel par rapport à rien.
Une logique à suivre de près
Les représentants de KNDS ont formulé publiquement un nouveau principe de frappe : non pas le nombre maximum de coups, mais la précision maximale. Cela réduit le coût d'une interception — un indicateur clé dans le scénario d'une attaque massive par drone. L'approche française n'est pas unique : une logique similaire est intégrée dans le Brimstone britannique ou l'architecture SHORAD américaine, mais le RapidFire tente particulièrement de combler le fossé entre la défense aérienne lourde par missiles et les systèmes légers C-UAS dans un seul appareil.
En parallèle, la marine française intègre déjà le RapidFire sur les nouveaux navires de patrouille — la première tourelle navale a passé les essais d'usine en mai 2025, ce qui signifie : les versions navale et terrestre se développent en synchronisation.
Si l'A3B atteint les caractéristiques prévues en 2027 et confirme son efficacité contre les essaims de petits drones — le RapidFire deviendra l'une des premières solutions en série comblant le « trou aux drones bon marché » dans la défense aérienne échelonnée de l'OTAN sans dépenses excessives de missiles coûteux. Sinon, la France aura un système onéreux attendant sa munition principale.