Il y a une semaine, le niveau du Danube a chuté à un minimum record — et la centrale nucléaire, qui fournit près de la moitié de l'électricité de la Hongrie, ne fonctionnait qu'à 10% de sa capacité. Lundi, le niveau de l'eau a remonté de 19 centimètres, et le premier ministre Peter Mádár a annoncé avec soulagement : on réactive la deuxième turbine. La différence entre la crise énergétique du pays et son absence s'est avérée plus fine qu'une paume de main.
Quand un fleuve devient l'étranglement de toute l'économie
La centrale nucléaire de Paks a été construite dans les années 1980, à l'époque où personne ne considérait les risques du changement climatique comme un facteur de sécurité énergétique. Les réacteurs VVER-440 ont besoin de l'eau du Danube pour le refroidissement, et tant que le fleuve coule abondamment, c'est un détail imperceptible. Mais la chaleur et la sécheresse des dernières semaines ont montré : la dépendance envers un seul fleuve signifie la dépendance envers la météo. Mádár lui-même a reconnu que « l'économie hongroise ne peut pas fonctionner pendant des mois sans » cette centrale — autrement dit, il ne s'agit pas d'une réserve d'urgence, mais de l'épine dorsale du système énergétique.
Le paradoxe de « Paks-2 »
Le plus intéressant, c'est que la crise a frappé précisément au moment où la Hongrie envisage de doubler la capacité de la centrale selon le projet de Rosatom. Les nouveaux réacteurs VVER-1200 auront la même conception de refroidissement — c'est-à-dire la même dépendance vis-à-vis du niveau du Danube. Mádár a déjà déclaré que le gouvernement réexamine l'expansion de la centrale. Cela crée une situation inconfortable : la Hongrie a défendu pendant des années le contrat avec Rosatom face à Bruxelles, bloquant les sanctions contre le secteur nucléaire russe, et maintenant la technologie elle-même qu'elle a promue pourrait s'avérer vulnérable au même climat qui a provoqué la crise actuelle.
Le vent comme assurance, non comme remplacement
Parallèlement, le gouvernement annonce un appel d'offres pour des parcs éoliens d'une capacité de 700 MW avant la fin août, avec un plan d'augmenter la génération éolienne à 4 GW d'ici 2030. C'est un ordre de grandeur inférieur à ce que fournit Paks, et le vent ne résout pas le problème de la charge de base. Mais le simple fait qu'un État nucléaire ait soudainement pensé à la diversification est symptomatique : une source unique d'approvisionnement, aussi fiable qu'elle ait semblé pendant des décennies, reste vulnérable à un seul facteur qu'on ne peut pas contrôler par des décisions politiques.
La question pour les prochaines années : le niveau bas du Danube sera-t-il un incident isolé d'un été caniculaire, ou un risque régulier qui forcera Budapest à reconsidérer non seulement « Paks-2 », mais aussi la logique même de la concentration de la moitié de l'énergie en un seul point sur la carte.