Les prix du pétrole et du gaz en Europe ne reviendront pas aux niveaux d'avant la guerre au moins jusqu'à la fin de l'année 2027. C'est la conclusion qui ressort des prévisions économiques de printemps de la Commission européenne, publiées après la réunion des ministres des Finances de la zone euro à Chypre.
De 1,9 % à 3,1 % : ce qui a changé
Le commissaire européen à l'économie Valdis Dombrovskis a expliqué clairement la révision drastique des chiffres : les vecteurs énergétiques sont le principal moteur. Si, il y a quelques mois à peine, la prévision pour 2025 était de 1,9 %, elle s'élève désormais à 3,1 %. Pour 2027, une inflation de 2,4 % est attendue, ce qui dépasse néanmoins l'objectif de la BCE de 2 %.
« Nous nous attendons à ce que l'inflation énergétique se propage progressivement dans les différents secteurs de l'économie »
Valdis Dombrovskis, Commissaire européen à l'économie
Le mécanisme est simple : un carburant plus cher signifie une logistique, une production et des services publics plus chers. Les prévisions de la Commission européenne le confirment : l'inflation sort déjà du cadre des factures de carburant.
Qu'est-ce que cela signifie pour les citoyens
Les salaires nominaux dans la zone euro augmenteront, cependant, selon les calculs de la Commission européenne, la révision des prévisions d'inflation réduira déjà les revenus réels des ménages de 1,4 points de pourcentage sur l'horizon de prévision. En d'autres termes, l'argent sur les comptes augmentera, mais on pourra en acheter moins.
La réaction des consommateurs est déjà visible : selon les données d'enquête de mars et avril, la confiance des ménages s'est fortement détériorée et les attentes d'inflation ont augmenté. La Commission européenne prévoit que cela incitera les gens à épargner davantage — la croissance de la consommation privée ralentira à 1,1 % en 2026.
Les prévisions de croissance du PIB de la zone euro ont également été révisées à la baisse : des précédents 1,4 % à 0,9 % en 2026, selon les projections de mars de la BCE.
La BCE entre l'inflation et la récession
La présidente de la BCE Christine Lagarde a averti : même si le conflit au Moyen-Orient ne s'étend pas, les prix ne reviendront pas rapidement — les marchés intègrent déjà une tension prolongée. Parallèlement, elle rejette toute comparaison avec les années 1970, qualifiant le terme « stagflation » de trop simpliste pour la situation actuelle.
Les analystes de The Conference Board soulignent le piège fondamental pour la BCE : une hausse des taux pèse sur une croissance déjà faible, mais l'inaction risque de consolider les attentes inflationnistes. Lors de sa réunion de mars, le régulateur a laissé le taux inchangé à 2 %, notant une « incertitude bien plus grande » dans sa rhétorique.
Pourquoi pas 2021-2022
La Commission européenne souligne trois différences par rapport à la précédente crise énergétique : l'UE a considérablement réduit sa dépendance aux combustibles fossiles, élargi la production d'énergies renouvelables et est entrée dans la crise avec un cycle économique plus mature. Par conséquent, malgré un choc similaire, les pics de 2021-2022 n'ont pas encore été atteints.
Néanmoins, la Commission européenne avertit directement : un conflit prolongé et une normalisation de l'offre plus lente que celle prévue par les contrats à terme entraîneront une inflation encore plus forte et une croissance plus faible.
Si d'ici l'automne les contrats à terme sur le pétrole ne s'inversent pas à la baisse et que les négociations sur le Moyen-Orient ne donnent pas de résultat concret, la prochaine révision des prévisions de la Commission européenne pourrait s'avérer encore plus douloureuse pour les revenus réels des Européens.