Dans un monde où les hôtels cinq étoiles sont depuis longtemps devenus la norme, les Français ont inventé en 2010 quelque chose de plus difficile à contrefaire — le statut de palace. Non pas cinq étoiles, mais une catégorie à part : l'État reconnaît officiellement un hôtel comme « palais » s'il satisfait à plus de 240 critères obligatoires et passe l'évaluation subjective d'une commission de 12 membres. Tout est pris en compte : la taille des chambres à partir de 30 m², le spa, le personnel multilingue, la localisation, la gastronomie, la politique écologique et même la présence d'un caractère distinctif incontestable de l'établissement. Actuellement, seuls 27 établissements en France possèdent ce statut — et trois viennent de le perdre.
Deux Hyatt et un Mandarin — et des raisons d'échec différentes
La décision de la commission auprès d'Atout France a touché le Park Hyatt Paris-Vendôme, le Mandarin Oriental Paris et l'Hôtel du Palais à Biarritz. C'est la première suppression de statut depuis la création du programme. Selon Paris Select Book, le Park Hyatt Paris-Vendôme a reçu un reproche pour « l'absence de rénovation et de mise à jour de l'offre » — une situation identique à celle de l'Hôtel du Palais à Biarritz, où une partie des espaces était restée dans son état d'origine pendant des années.
« Le contexte du Mandarin Oriental Paris est essentiellement différent »
Paris Select Book
Le Mandarin Oriental a perdu son statut non pas en raison d'une détérioration, mais parce que l'hôtel doit fermer pour plus d'un an en vue d'une rénovation majeure. La commission ne conserve pas le statut « en réserve » — pendant la fermeture, le palace n'existe pas. La marque conserve néanmoins sa présence parisienne grâce à un autre établissement : le Mandarin Oriental Lutetia, acquis en 2025, a déjà reçu la confirmation de son statut.
Il est remarquable que deux des trois hôtels ayant perdu leur titre appartiennent à la même chaîne — Hyatt. Comme le note le média One Mile at a Time, le Park Hyatt Paris « n'a pas réussi à suivre la concurrence au cours des dix dernières années ». L'Hôtel du Palais à Biarritz — ancienne villa de Napoléon III, construite pour l'impératrice Eugénie — est un hôtel avec une légende irréprochable, mais la légende ne compense pas l'absence de rénovation.
Ce qui a changé dans le système lui-même
Un aspect distinct — ce ne sont pas les hôtels eux-mêmes, mais plutôt les changements aux règles du jeu. En octobre 2024, la France a réduit la durée de validité du statut palace de cinq à trois ans. Auparavant, un hôtel couronné pouvait se permettre d'être paresseux pendant cinq ans ; maintenant, le cycle est plus court et les excuses moins nombreuses. C'est précisément cette réduction qui a rendu possible la vague actuelle de suppressions.
Selon Tiana Gamez d'Atout France USA, citée par AFAR, « le maintien du statut palace exige des investissements constants et importants dans le personnel et la rénovation ». Certains hôtels cinq étoiles ne demandent délibérément pas ce statut — il crée une pression constante dont certains préfèrent se dispenser.
- Plus de 240 critères officiels — incluant la taille minimale des chambres de 30 m², le spa et le personnel multilingue
- L'évaluation subjective comprend la localisation, le caractère, l'héritage, la gastronomie et la politique écologique
- Durée de validité du statut — 3 ans (avant 2024 — 5 ans)
- Nombre de palaces en France — 27, plus d'un tiers d'entre eux à Paris
Et maintenant ?
Le 2 juin, le ministre du Tourisme Serge Papillon annoncera officiellement la « Palace Collection 2026 ». De nouveaux établissements pourraient enrichir la liste — c'est ce que rapporte La République des Pyrénées. Le Park Hyatt Paris-Vendôme a déjà annoncé un programme de rénovation de 18 mois avec des investissements de dizaines de millions d'euros, le Mandarin Oriental espère revenir après rénovation en 2027. L'Hôtel du Palais à Biarritz garde le silence pour l'instant, préparant, selon les médias français, un plan de modernisation en toute discrétion.
La question n'est pas de savoir si ces hôtels retrouveront leur statut — l'argent décidera. La question est ailleurs : si la commission évalue vraiment plus strictement les candidats tous les trois ans, y a-t-il parmi les actuels 27 palaces ceux qui ont quelque chose à craindre au prochain cycle ?