L'UE contre Google : pourquoi la nouvelle amende pourrait changer plus que les précédentes

Les régulateurs européens s'en prennent à nouveau à Google — cette fois pour violation de la Loi sur les marchés numériques. Quels sont les motifs des accusations et pourquoi cela est important bien au-delà de la seule corporation.

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Фото: EPA

La Commission européenne a officiellement averti Google d'une possible amende de plusieurs milliards d'euros pour violation de la Loi sur les marchés numériques (DMA) — un instrument réglementaire adopté par l'UE précisément pour briser la logique du « le vainqueur remporte tout » dans les grandes technologies.

Ce n'est pas la première tentative de Bruxelles de tenir Google responsable. Au cours des quinze dernières années, le géant technologique a versé aux régulateurs européens plus de 8 milliards d'euros d'amendes — et a continué à opérer de la même manière. C'est pourquoi le DMA a été conçu différemment : non pas comme une punition après coup, mais comme une modification des règles du jeu avant que les dommages ne soient causés.

En quoi consistent les griefs

Les régulateurs soutiennent que Google accorde une priorité à ses propres services dans les résultats de recherche — c'est-à-dire qu'il utilise effectivement sa position dominante dans le moteur de recherche pour promouvoir Google Shopping, Google Flights, Google Maps et autres produits de l'entreprise. Les concurrents apparaissent plus bas dans les résultats non pas parce qu'ils sont pires, mais parce que Google est juge et partie.

Le DMA oblige les soi-disant « contrôleurs d'accès » — des plateformes avec une capitalisation boursière supérieure à 75 milliards d'euros ou une audience de plus de 45 millions d'utilisateurs actifs dans l'UE — à assurer un accès égal à tous les participants du marché. Google a officiellement reçu le statut de « contrôleur d'accès » en 2023.

En quoi ce dossier diffère des précédents

La différence clé réside dans l'instrument. Les précédentes affaires antitrust contre Google ont été menées en vertu de l'ancienne législation, qui exigeait de prouver les dommages au marché dans chaque cas particulier. Le DMA établit des obligations prédéterminées : en cas de violation — amende pouvant aller jusqu'à 10 % du chiffre d'affaires annuel mondial. Dans le cas de Google, cela pourrait atteindre 30 milliards d'euros pour une seule violation.

De plus, le DMA prévoit la possibilité de contraindre l'entreprise à modifier son modèle économique — jusqu'à une scission structurelle de l'activité, si les violations sont systématiques.

La réponse de Google

L'entreprise conteste traditionnellement les accusations, insistant sur le fait que ses services offrent aux utilisateurs la meilleure expérience, plutôt que de restreindre artificiellement la concurrence. Les représentants de l'entreprise ont déclaré qu'ils coopéraient avec les régulateurs et considéraient leurs pratiques conformes aux exigences du DMA.

Cependant, c'est précisément cet argument — « nous sommes simplement meilleurs » — qui fait l'objet du différend. Les régulateurs remettent en question non pas la qualité des produits de Google, mais le fait que l'entreprise contrôle à la fois la plateforme et les acteurs qui y opèrent.

Portée au-delà de Google

L'affaire contre Google est le premier test sérieux du DMA en action. Son résultat déterminera si la nouvelle loi constituera une véritable limite pour les monopoles technologiques, ou si elle deviendra simplement un autre poste de dépenses que les grandes sociétés intègrent dans leur budget.

En parallèle, Apple, Meta, Amazon et Microsoft sont également soumis au DMA. Tous observent comment la Commission européenne traite Google — et tirent leurs propres conclusions quant à leurs stratégies respectives.

Pour les entreprises technologiques ukrainiennes qui visent le marché européen, ce n'est pas non plus une actualité abstraite : les règles que l'UE établit pour les « contrôleurs d'accès » définissent les conditions d'accès pour tous les autres.

La décision finale de la Commission européenne est attendue dans les prochains mois. Si l'amende est infligée et que Google la conteste — l'affaire pourrait durer des années. La question est différente : la Commission européenne est-elle prête à appliquer des mesures structurelles si les sanctions financières s'avèrent à nouveau insuffisantes pour changer le comportement d'une entreprise ayant un revenu annuel de 300 milliards de dollars ?

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