« L'appétit vient en mangeant » : ce qui se cache derrière la déception de l'élite poutinienne

The Guardian a parlé à des sources proches de Poutine, dans les milieux d'affaires et dans les services de renseignement occidentaux. Le tableau qu'ils dressent n'est pas un présage de coup d'État, mais un symptôme d'un système qui commence à se dévorer lui-même.

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Володимир Путін (Фото: EPA)

Vladimir Poutine a convaincu son entourage le plus proche que la Russie s'emparera de tout le Donbass d'ici la fin de l'année. Ce n'est pas un signal diplomatique ni une figure de style — c'est le pari personnel du dictateur sur une percée militaire que la plupart des analystes jugent irréaliste au rythme actuel des avancées.

Ce que dit le Guardian et d'où proviennent les données

The Guardian a recueilli les témoignages de plusieurs interlocuteurs : deux ont un accès direct au cercle de Poutine, d'autres sont des représentants du secteur des affaires russe et des officiers des services secrets occidentaux. Le tableau qui en émerge est cohérent : le leader est isolé, l'élite est désabusée, et le système de prise de décision s'éloigne de plus en plus de la réalité du front.

« L'ambiance parmi l'élite a incontestablement changé cette année… règne une profonde déception envers Poutine. Le sentiment grandit qu'une sorte de catastrophe approche ».

— Chef d'entreprise doté de larges connexions, source du Guardian

Dans le même temps, cette même source précise : « Personne ne croit que tout s'écroulera demain. Mais de plus en plus de gens réalisent qu'on continue à prendre des décisions absolument absurdes et autodestructrices. Les gens qui autrefois défendaient Poutine ne le font plus ».

Le fossé entre la carte et les décisions

La réalité sur le terrain contredit l'optimisme de Poutine. Selon l'Institut américain pour l'étude de la guerre (ISW), en avril 2026, l'Ukraine a repris plus de territoires que la Russie n'en a conquis — le premier « bilan négatif » de ce type pour Moscou depuis l'opération de Koursk en août 2024.

Le renseignement européen, selon The Guardian, a conclu que Poutine reçoit des informations déformées sur la situation au front — les généraux l'ont convaincu qu'une percée était imminente. C'est le piège classique des systèmes autoritaires : plus le coût des mauvaises nouvelles est élevé pour celui qui les apporte, moins les nouvelles véridiques remontent aux sommets.

Les sources de l'entourage du leader avertissent également : si la Russie parvient à briser la résistance ukrainienne, Poutine ne s'arrêtera pas au Donbass, mais tentera de s'emparer des portions non occupées des régions de Zaporizhzhia et de Kherson. « Il n'est pas un stratège à long terme. Son appétit grandit en mangeant », cite la publication l'une de ses sources.

Pourquoi la « déception de l'élite » ne signifie pas « coup d'État »

The Guardian met directement en garde contre les conclusions excessives : les craintes d'un coup d'État inévitable sont exagérées. Le mécontentement dans les cercles de Poutine n'est pas une opposition organisée, mais plutôt un scepticisme dispersé de personnes dépendantes du système, mais qui ont cessé de croire en sa trajectoire.

  • La critique ouverte coûte trop cher — l'exemple de Prigozine en témoigne.
  • Aucun leader alternatif autour duquel le mécontentement pourrait se cristalliser n'est visible.
  • La pression économique (inflation, taux d'intérêt, sanctions) frappe les affaires, mais n'a pas encore atteint le niveau qui briserait la loyauté.

En revanche, il est remarquable que la critique émane de personnes qui soutienaient autrefois publiquement Poutine — notamment dans les milieux nationalistes, où jusqu'à récemment, tout doute sur la victoire était considéré comme une trahison.

Contexte : entre Trump et le front

La phrase de Poutine selon laquelle la guerre « approche de sa fin » est largement relayée dans l'espace diplomatique, notamment par l'administration Trump, comme un signal de disponibilité pour la paix. Les sources du Guardian rejettent cette interprétation : selon elles, Poutine entend par là une percée militaire inévitable, et non un compromis. Le renseignement américain, comme le rapporte The Globe and Mail, constate également l'immuabilité des ambitions territoriales du Kremlin — y compris les prétentions sur l'ensemble de l'Ukraine.

Cela crée un dangereux décalage : Washington transmet des « signaux de paix », Moscou se prépare à la « victoire », et Kiev subit des pressions pour céder des territoires que la Russie ne contrôle pas encore.

Si d'ici la fin de l'année la Russie n'atteint pas la percée déclarée au Donbass — l'entourage de Poutine pourra-t-il continuer à avaler silencieusement le fossé entre les promesses et la réalité, ou le mécontentement prendra-t-il enfin une forme organisée ?

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