Il y a une semaine, Donald Trump a déclaré qu'il était prêt à permettre à l'Ukraine de fabriquer ses propres intercepteurs de roquettes pour les systèmes Patriot. Quelques jours plus tard — il n'avait rien décidé. Pour l'ancien ambassadeur d'Ukraine à Washington, Valery Chaly, cette incohérence n'est pas une confusion du président américain. C'est, selon lui, un élément d'un jeu qui n'est absolument pas destiné à Kyiv.
« Il [Trump] a parlé de toutes ces possibilités de licences Patriot. Il a dit tout cela, puis il a retiré ses paroles pour négocier avec Poutine », a déclaré le diplomate dans une interview à LIGA.net.
À qui s'adresse réellement la déclaration
Selon la version de Chaly, les paroles concernant les licences ne visaient pas les besoins de défense ukrainiens, mais étaient destinées au Kremlin. La formule est simple : la promesse à Kyiv d'une indépendance technologique par rapport aux approvisionnements américains est un argument dans les négociations avec Moscou, et non une étape dans les relations bilatérales entre Washington et Kyiv.
« Il a dit à Poutine : 'Arrête, sinon je vais accorder des licences'. C'était donc un marchandage, à mon avis. Du moins, c'est ainsi que j'interprète ses actions et ses déclarations », a ajouté Chaly.
Le président Volodymyr Zelensky, en attendant, insiste sur le fait que les licences seront accordées — indépendamment de la façon dont Trump formule publiquement sa position.
Pourquoi maintenant
La question des licences n'a pas surgi par hasard : il s'agit de la possibilité pour l'Ukraine de fabriquer de manière indépendante les munitions essentielles pour Patriot, au lieu de dépendre du rythme des approvisionnements des partenaires et d'assurer un réapprovisionnement stable en roquettes pour la protection contre les attaques aériennes russes. C'est précisément cette ressource dont l'Ukraine ressent le plus le déficit lors des frappes massives contre les infrastructures énergétiques et les villes.
- Lors du sommet de l'OTAN à Ankara, Trump a déclaré que les États-Unis permettraient à l'Ukraine de lancer la production d'intercepteurs de roquettes pour Patriot.
- La question du transfert des licences correspondantes a également été abordée lors de la rencontre entre Trump et Zelensky le 28 juillet.
- Mais le 31 juillet, Trump a déclaré qu'il n'avait pas encore décidé s'il permettrait à l'Ukraine de fabriquer des intercepteurs.
C'est précisément cette séquence — une promesse publique, une rencontre avec Zelensky, puis un revirement — qui a conduit Chaly à penser à un marchandage plutôt qu'à un changement de politique.
Un jeu d'avance ou une manipulation des attentes
Chaly reconnaît : Trump utilise régulièrement ce type de tactique — il fait une déclaration fracassante, crée une onde de choc médiatique autour, puis utilise cette onde comme monnaie d'échange dans les négociations.
« C'était une tentative de ce type. Tout le reste, c'est nos attentes, nos craintes. Les manipulateurs en profitent », a poursuivi l'ancien ambassadeur.
C'est là que réside le risque pour Kyiv : si la déclaration concernant les licences était destinée avant tout à Poutine, alors les attentes ukrainiennes concernant un lancement rapide de la production propre pourraient s'avérer surestimées — indépendamment de l'importance que cette technologie revêt pour la capacité de défense à long terme du pays.
Ce que cela signifie pour les négociations
Si l'hypothèse de Chaly est correcte, le prochain coup devrait être recherché non pas à Washington ni à Kyiv, mais dans la réaction de Moscou : le Kremlin percevra-t-il l'incohérence publique de Trump comme un bluff ou comme une menace réelle de perdre le monopole russe sur l'épuisement de la DCA ukrainienne. La réponse deviendra claire lorsque Trump soit signera l'autorisation des licences, soit abandonnera silencieusement ce sujet — selon que les négociations avec Poutine progresseront d'un seul pas.