Déportation pour chômage : pourquoi la proposition du PiS est avant tout une question de marché du travail, et non de front

L'idée du PiS de déporter les Ukrainiens en âge de conscription qui ne travaillent pas semble être une simple punition, mais elle frappe en réalité un groupe spécifique — ceux qui se trouvent dans la zone grise de l'emploi — plutôt que tous les hommes en général.

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Тобіаш Бохенський (Фото: Facebook-сторінка Бохенського)

Quand Tobiasz Bocheński parle de l'expulsion « des hommes ukrainiens en âge de conscription qui ne travaillent pas légalement », il convient de bien comprendre le mot « légalement ». Car il ne s'agit pas des chômeurs en tant que tels — il s'agit de ceux qui travaillent au noir, sans enregistrement officiel. Or, dans la réalité polonaise, cela concerne une grande partie des travailleurs migrants, y compris les Ukrainiens, qui comblent depuis des années les lacunes dans la construction, l'agriculture ou la logistique précisément par des arrangements au comptant.

Qui est réellement visé

La proposition du PiS ne concerne techniquement pas ceux qui ne travaillent pas du tout — il y en a relativement peu parmi les hommes ukrainiens en Pologne, car sans travail, il est difficile de subsister dans un pays cher. Il s'agit de personnes dans une zone grise : petits boulots sans contrat, emploi saisonnier, travail indépendant non enregistré. C'est précisément ce groupe qui est le plus vulnérable, car il n'a pas de trace écrite qui prouverait la « légalité ».

De plus, les Ukrainiens qui travaillent illégalement le font souvent non pas de leur propre gré pour échapper au système, mais parce que les employeurs proposent consciemment le paiement en espèces — c'est plus avantageux pour l'entreprise que pour le travailleur. Autrement dit, le risque d'expulsion dans la logique du PiS retombe sur celui qui est déjà en position de faiblesse dans les relations de travail.

Le vrai conflit : le marché du travail contre le contrôle politique

Le deuxième volet de la proposition — l'idée que c'est le gouvernement qui délivrera directement les permis de travail, et non le marché ou les agences. Ce n'est plus vraiment une question concernant l'Ukraine en général, mais une tentative de reprendre la régulation de la migration de travail des mains des entreprises. Les entrepreneurs polonais, en particulier dans la construction et l'agriculture, dépendent depuis des années de la main-d'œuvre ukrainienne — et ce sont eux, et non les Ukrainiens, qui deviendront les principaux opposants à une telle réforme si le PiS essaie vraiment de la mettre en œuvre.

« La décision d'accorder une autorisation de travail... sera une décision du gouvernement, et c'est une décision politique pour laquelle chaque gouvernement devra assumer la responsabilité », – Tobiasz Bocheński.

L'argument du front comme prétexte

La thèse selon laquelle l'expulsion « aiderait l'Ukraine à se battre » est logiquement faible : une personne qu'on aurait forcément chassée de Pologne sans travail ni économies ne va pas automatiquement s'enregistrer au commissariat militaire — elle peut tout aussi bien chercher un moyen de partir dans un autre pays de l'UE, tant que la protection temporaire y est toujours en vigueur. L'effet réel d'une telle politique — ce n'est pas une réserve de mobilisation pour l'Ukraine, mais une redistribution des migrants entre les pays voisins, qui pour l'instant adoptent des approches plus souples.

Ce que cela signifie concrètement dès maintenant

Les élections — à l'automne 2027, et pour l'instant ce n'est qu'une promesse électorale, pas une loi. Mais le signal est important pour ceux qui travaillent actuellement en Pologne sans contrat officiel : si la tendance au renforcement des règles migratoires perdure — et le Danemark et la Tchéquie se dirigent déjà dans cette direction — la légalisation de l'emploi cesse d'être une formalité bureaucratique pour devenir la question : restes-tu dans le pays ou pas.

La question pour les deux prochaines années : le marché du travail polonais, dépendant de la main-d'œuvre ukrainienne, aura-t-il le temps d'élaborer des contre-arguments avant que le PiS ne transforme cette thèse électorale en véritable projet de loi ?

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