Le 10 juin, dans son allocution du soir, Zelenski a fait le bilan de la première année des Forces de systèmes sans pilote. Le chiffre — près de 40 milliards de dollars de dégâts infligés — est immédiatement devenu le principal sujet du jour. Mais derrière ce chiffre se cache un tableau plus complexe.
Ce qui s'est réellement passé
Le 11 juin 2025, le jour de la signature du premier décret par le nouveau commandant des Forces de systèmes sans pilote, le Groupement des Forces de systèmes sans pilote a officiellement vu le jour, composé de 12 unités de combat. À ce moment-là, c'était un geste sans précédent : aucune armée au monde n'avait encore séparé les systèmes sans pilote en une branche militaire distincte.
Selon Zelenski, les Forces de systèmes sans pilote permettent « d'atteindre des objectifs qui étaient auparavant soit complètement inaccessibles aux armes conventionnelles, soit extrêmement difficiles à atteindre et qui exigeaient une dépense considérable de ressources ». Il a également souligné les « mid-strikes » — les frappes contre la logistique en profondeur sur les territoires temporairement occupés, qui étaient auparavant pratiquement inaccessibles sans missiles de croisière coûteux.
Parallèlement, le 11 juin 2026, Zelenski a signé le décret n°485/2026, qui institue le 11 juin comme Journée des Forces de systèmes sans pilote. Ce même jour, Robert « Madyar » Brovdi a été confirmé dans son poste de commandant, après sa nomination au début juin.
Ce que dit Madyar — et où les chiffres divergent
Le 4 juin, une semaine avant l'anniversaire officiel, le commandant Brovdi a publié un rapport détaillé sur Telegram. Selon ses données, vérifiées dans le système Delta, les Forces de systèmes sans pilote ont, en 358 jours :
- exécuté 1,65 million de missions de combat — environ 5 000 sorties par jour ;
- atteint 350 000 objectifs uniques vérifiés, notamment 248 systèmes de défense aérienne, 817 chars, 281 systèmes de roquettes multiples, 7 633 drones « Shahed » et « Geran », et 13 avions et hélicoptères ;
- infligé des pertes à 100 082 occupants — 53 477 éliminés, 46 605 blessés.
« Chaque tiers de drone et chaque tiers d'objectif ennemi ont été traités par les Forces de systèmes sans pilote »
Robert « Madyar » Brovdi, commandant des Forces de systèmes sans pilote, 4 juin 2026
Dans le même temps, les Forces de systèmes sans pilote ne représentent qu'environ 2 % de l'effectif des Forces armées ukrainiennes — comme l'a précédemment noté la BBC. Cette asymétrie entre le nombre de personnel et les résultats est l'un des principaux arguments en faveur de ce modèle.
Le chiffre de 40 milliards de dollars : ce qu'il cache
Les analystes de drone-warfare.com, qui suivent les activités des Forces de systèmes sans pilote, notent que la méthodologie de calcul des dégâts n'a pas été rendue publique. Il s'agit très probablement de la valeur de remplacement de l'équipement aux prix des nouveaux homologues occidentaux — non des dépenses réelles de la Russie pour les achats ou des dommages économiques réels. Aucun des indicateurs annoncés n'a été vérifié par des sources indépendantes.
Cela ne signifie pas que le chiffre est inexact — mais il est incorrect de le comparer aux pertes budgétaires réelles de la Fédération de Russie sans connaître la méthodologie. Pour le contexte : rien que sur cinq mois en 2026, les Forces de systèmes sans pilote signalent la destruction de 174 systèmes russes de défense aérienne d'une valeur totale de 5,4 milliards de dollars — et ce chiffre est plus précis car il est lié à des unités d'équipement identifiées avec une valeur marchande connue.
Pourquoi c'est important maintenant
La publication du bilan de l'anniversaire n'est pas simplement une opération de relations publiques. En novembre 2025, la Russie a formé son propre équivalent — les Forces de systèmes sans pilote, ce qui confirme en soi que le modèle fonctionne et qu'il est copié. Dans le même temps, Zelenski a annoncé une augmentation ultérieure des Forces de systèmes sans pilote, tandis que Brovdi a fixé un plan pour l'année prochaine — 200 000 occupants tués et blessés et 650 000 objectifs atteints.
La question n'est pas de savoir si les drones sont efficaces — cela a déjà été prouvé. La question est différente : si l'année prochaine la Russie sature massivement le ciel avec des moyens de guerre électronique et de nouveaux systèmes de défense aérienne, les Forces de systèmes sans pilote pourront-elles maintenir le rythme actuel — ou le modèle aura-t-il besoin d'un saut technologique fondamentalement nouveau ?