Ce qui s'est passé
Selon Reuters, le Premier ministre hongrois Viktor Orbán a proposé, dans une lettre adressée au président du Conseil européen António Costa, de créer une « mission d'établissement des faits » pour vérifier les dommages subis par le pipeline «Дружба» en Ukraine. Dans sa lettre, Orbán a également suggéré qu'une telle initiative pourrait aider à débloquer un nouveau financement européen pour l'Ukraine.
"La Hongrie soutient l'idée de créer une mission d'établissement des faits avec la participation d'experts délégués par la Hongrie et la Slovaquie afin de vérifier l'état du pipeline 'Дружба'."
— Viktor Orbán, Premier ministre de Hongrie
Outre la lettre adressée à l'UE, Orbán a publié une lettre ouverte au président Volodymyr Zelensky, dans laquelle il lance des accusations concernant de prétendues ingérences dans les élections et appelle à rétablir les livraisons via «Дружба».
Pourquoi c'est important pour l'Ukraine
En surface, il s'agit d'une proposition technique visant à établir les causes et les conséquences des dommages. Mais en diplomatie, les missions techniques deviennent souvent un mécanisme d'influence politique. Orbán dispose désormais d'un levier pour faire pression sur les décisions de l'UE concernant les prêts et l'aide à Kyiv.
Contexte et risques
Le 18 février, l'UE soulignait la nécessité de réparer «Дружба» et suivait les délais de rétablissement. Le même jour, la Hongrie et la Slovaquie ont suspendu l'exportation de diesel vers l'Ukraine ; Budapest a aussi bloqué un paquet de prêts pour l'Ukraine d'un montant de 90 milliards de dollars. Les dirigeants de l'UE ont exprimé leur soutien à Kyiv, et le président du Conseil européen António Costa a rappelé à Orbán la violation du principe de coopération loyale.
Les milieux diplomatiques et les analystes mettent en garde : si l'UE accepte une vérification, il faudra clairement définir le mandat, les critères de sélection des experts et la procédure pour les conclusions — sinon la mission technique risque de devenir un instrument de marchandage politique.
Scénarios possibles
1) L'UE rejette l'initiative comme politiquement motivée — alors le blocage hongrois du financement pourrait s'intensifier.
2) L'UE accepte la mission à condition d'un mandat clair et de la participation d'experts internationaux neutres — l'enquête technique aura lieu, mais elle pourrait devenir l'objet de négociations ultérieures sur le financement.
3) Kyiv et ses partenaires proposent un mécanisme de vérification transparent impliquant des experts ukrainiens et indépendants — un compromis qui réduit le risque de politisation et préserve la souveraineté du processus.
Ce que devrait faire Kyiv
La réponse doit être proactive et techniquement argumentée : proposer une procédure de vérification transparente avec la participation d'experts internationaux neutres ; insister sur le déblocage parallèle du financement critique via les mécanismes de l'UE ; et ne pas permettre que la question infrastructurelle soit transformée en condition de chantage politique.
Conclusion
L'initiative d'Orbán est à la fois une proposition et un levier. Il est important que l'UE et l'Ukraine examinent la question sous l'angle de la sécurité, de la transparence et de la souveraineté, et non en fonction d'avantages politiques ponctuels. La façon dont seront définis le mandat et la composition de l'expertise déterminera si l'initiative se transforme en un utile pas technique ou en un nouvel instrument de pression.