La Turquie a engagé des poursuites contre le chef de l'opposition pour des propos lors d'un rassemblement — déjà le deuxième opposant de premier plan mis sous pression en un an

Le parquet d'Ankara enquête sur Özgür Özel pour «insulte au président». L'an dernier, le maire d'Istanbul du même parti s'est retrouvé derrière les barreaux. Le schéma se répète.

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Оргюз Озель Özgür Özel Facebook

Özgür Özel est monté sur scène à Kuşadası et a dit tout haut ce qu'il pense. «Vous avez décidé de devenir le leader d'une junte», s'est-il adressé à Erdoğan devant des milliers de personnes lors du rassemblement «Défense de la liberté de la nation». Le lendemain, le parquet d'Ankara a ouvert une enquête.

Motif invoqué : un article sur «l'insulte au président» — l'un des plus souvent utilisés dans le système juridique turc contre les critiques du pouvoir. Le début de l'affaire a été annoncé par l'avocat personnel de Recep Tayyip Erdoğan, Hüseyin Aydın, dans un post sur le réseau social X. Autrement dit, le signal n'est pas passé par un canal judiciaire indépendant, mais par une personne qui sert directement les intérêts du président.

Le texte intégral du discours d'Özel a été publié sur le site officiel du Parti républicain du peuple (CHP). Il n'y a ni appels à la violence ni discours de haine — il s'agit d'une critique politique : le chef de l'opposition reproche à Erdoğan d'avoir «choisi d'entrer dans l'histoire dans la honte» au lieu de quitter le pouvoir dignement. C'est précisément cela que le parquet qualifie d'insulte.

Le contexte rend cette affaire encore plus difficile à ignorer. En mars 2025, les autorités turques ont arrêté Ekrem İmamoğlu — le maire d'Istanbul du même CHP et principal adversaire potentiel d'Erdoğan à l'élection présidentielle. Il a été interpellé pour des accusations de corruption et de liens avec des organisations terroristes. Les observateurs internationaux et l'opposition ont estimé que l'arrestation était politiquement motivée. L'université où İmamoğlu a obtenu son diplôme lui a retiré son titre — ce qui, selon la législation turque, rendrait automatiquement impossible sa participation à la course présidentielle.

Maintenant — une enquête contre le dirigeant en exercice du parti. Les deux — un même parti, deux instruments de pression différents : des poursuites pénales contre le maire et une pression procédurale sur le président du CHP.

La législation turque prévoit jusqu'à quatre ans d'emprisonnement pour «l'insulte au président». Selon l'organisation de défense des droits Stockholm Freedom Center, depuis l'arrivée d'Erdoğan à la présidence en 2014, plus de 160 000 affaires ont été engagées sur la base de cet article. La grande majorité concerne des journalistes, des militants et des hommes politiques.

Özel reste pour l'instant en liberté et poursuit son activité publique. Le CHP n'avait pas commenté officiellement l'affaire au moment de la publication.

La question qui déterminera la suite des événements : l'enquête s'arrêtera-t-elle au stade du «signal» — comme c'est souvent le cas avec des hommes politiques d'opposition qu'on ne veut pas transformer en martyrs — ou évoluera-t-elle vers une inculpation officielle avant le prochain cycle électoral en Turquie ?

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