Dans une interview à la chaîne de télévision allemande ZDF, le président Volodymyr Zelensky a dit ce que son entourage formule habituellement de manière plus diplomatique : « Nous avons maintenant une telle pénurie [de roquettes Patriot] que cela ne peut pas être pire ». Ce n'est pas de la rhétorique — derrière cette phrase se cache une arithmétique concrète qui ne laisse aucune place à l'optimisme.
Une seule chaîne de production — deux théâtres de guerre
Selon les analystes, l'Ukraine a besoin d'environ 60 roquettes PAC-3 par mois pour intercepter les missiles balistiques russes. Lockheed Martin en produit environ 600 par an — soit 50 par mois — et les distribue entre les dépôts de l'armée américaine, les alliés de l'OTAN et les partenaires. Même sans le Moyen-Orient, l'équilibre était déficitaire.
Après le lancement par les États-Unis d'opérations actives contre l'Iran, la situation s'est aggravée. Selon le Wall Street Journal, le Pentagone a conclu avec Lockheed Martin un contrat record de 4,7 milliards de dollars pour accélérer la production de PAC-3 MSE — dans le but d'augmenter la production à deux mille roquettes par an d'ici 2030. Mais 2030, ce n'est pas 2025.
« Si la guerre dure plus longtemps, il y aura moins d'armes pour l'Ukraine »
Volodymyr Zelensky, interview ZDF
Zelensky a également précisé dans sa conversation avec le Premier ministre norvégien Erna Solberg : « J'ai peur qu'ils ne nous transmettent ces roquettes que lentement, même pour de l'argent européen ». En d'autres termes, le problème ne réside pas uniquement dans la disponibilité physique des roquettes — mais aussi dans les priorités de distribution.
Pas la première fois — mais pour la première fois si ouvertement
À l'automne 2024, Zelensky avait déjà averti d'une pénurie de roquettes pour Patriot et NASAMS : les partenaires retenaient alors les livraisons parce que les drones russes survolaient le territoire de la Pologne et d'autres pays de l'OTAN, et ces derniers se concentraient sur leur propre défense. Zelensky avait alors directement supposé que Moscou aurait pu le faire consciemment — pour détourner l'attention de l'Occident de l'Ukraine avant l'hiver.
Maintenant, le mécanisme est différent, mais les conséquences sont similaires. La guerre en Iran a consommé une part importante des stocks de PAC-3 MSE aux États-Unis et chez les alliés. Comparé à la façon dont l'Ukraine utilise chaque roquette avec parcimonie, les dépenses au Moyen-Orient, selon les estimations des analystes, dépassent les dépenses ukrainiennes de plusieurs fois.
Ce que disent ceux qui suivent cette question
L'ancien représentant spécial des États-Unis pour les affaires ukrainiennes Kurt Volker a confirmé le bien-fondé des dires de Zelensky : la pénurie de roquettes Patriot est réelle et croissante. En même temps, il a souligné une solution potentielle — la coopération avec les pays du Golfe Persique. Zelensky, d'ailleurs, a déjà visité la région et, selon lui, l'Ukraine est prête à partager son expérience en matière de défense aérienne — et même à vendre des systèmes dont elle dispose en excédent.
Mais l'accent porte précisément sur les PAC-3, dont personne n'a de surplus. Même l'Allemagne, qui a récemment transmis à l'Ukraine un nouveau lot, l'a reconstitué morceau par morceau provenant de plusieurs pays dans le cadre des accords de Ramstein.
Pourquoi maintenant et à qui est-il avantageux de l'énoncer
Zelensky parle d'une « pénurie critique » non pas dans une lettre confidentielle aux partenaires — mais en direct sur ZDF et CNN. C'est une pression publique : sur Berlin, Washington, Bruxelles. Avant toute négociation concernant le soutien à l'Ukraine, il faut que l'opinion publique en Europe comprenne l'état réel des choses, plutôt que de vivre dans l'illusion que « les roquettes sont d'une certaine façon transmises ».
- La Russie continue ses frappes régulières par missiles balistiques — exactement ce contre quoi la PAC-3 est le seul moyen fiable disponible des Forces armées ukrainiennes.
- La chaîne de production ne peut physiquement pas couvrir simultanément deux théâtres de guerre actifs aux rythmes actuels.
- Les alternatives à PAC-3 pour l'interception de balistique aux Forces armées ukrainiennes n'existent pratiquement pas — NASAMS et Gepard sont efficaces contre les missiles de croisière et les drones, mais non contre les « Iskander ».
Le contrat du Pentagone avec Lockheed Martin pour 4,7 milliards de dollars — c'est un signal que le problème a été reconnu. Mais les nouvelles capacités ne seront opérationnelles que dans quelques années. D'ici 2030, la Russie n'attendra pas.
Si l'Occident ne trouve pas un mécanisme de distribution prioritaire des PAC-3 entre l'Ukraine et ses propres besoins dès cette année — et non après la fin de la campagne iranienne — la défense aérienne ukrainienne sera-t-elle capable de supporter la prochaine saison de frappes balistiques massives sans percées critiques ?