Le 17 juillet, Volodymyr Zelenski a tenu une réunion avec des diplomates et des responsables du Bureau du président et a annoncé cinq mesures concrètes pour rétablir les relations ukraino-polonaises. Parmi celles-ci figurent la divulgation de toutes les archives du Service de sécurité de l'Ukraine et du Service de renseignement extérieur concernant les événements tragiques du XXe siècle en Volhynie, l'élargissement des autorisations pour les travaux de recherche et d'exhumation conjoints avec la partie polonaise, de nouvelles décisions diplomatiques et l'élargissement des capacités de l'Institut ukrainien de la mémoire nationale.
La réaction de Donald Tusk n'a pas tardé.
Je reçois avec satisfaction et espoir les paroles et décisions de Volodymyr Zelenski concernant les relations entre nos États, qui doivent être fondées sur le respect mutuel et la vérité. Nous sommes prêts à un dialogue sérieux et amical sur les questions qui nous unissent et celles qui nous divisent aujourd'hui.
— Donald Tusk, post sur X
Pourquoi maintenant
Les relations polono-ukrainiennes ont atteint leur point le plus bas pendant les années de guerre totale après que Zelenski ait signé en mai un décret conférant au détachement SSO le nom honorifique « des Héros de l'UPA ». Le président polonais Karol Nawrocki a réagi en privant Zelenski de l'ordre de l'Aigle blanc — la plus haute distinction d'État de la Pologne. Les responsables ukrainiens ont répondu en restituant leurs distinctions polonaises. Le 11 juillet, jour de l'anniversaire de la tragédie de Volhynie, des marches anti-ukrainiennes se sont déroulées à Varsovie, et un sondage a montré que 59,7 % des Polonais s'opposent à l'adhésion de l'Ukraine à l'UE.
Dans ce contexte, les mesures de Zelenski ne sont pas un geste spontané. Il s'agit d'une tentative d'arrêter l'érosion du soutien au moment où la Pologne, en tant que pays voisin et membre de l'UE, est en mesure d'influencer réellement le rythme des négociations sur l'adhésion de l'Ukraine à l'Union européenne.
Les deux pôles de Varsovie
Tusk et Nawrocki représentent des camps politiques différents, et leur divergence sur la « question de Volhynie » n'est pas fortuite mais structurelle. Nawrocki, soutenu par le parti PiS et lié à l'Institut de la mémoire nationale de Pologne, aggrave systématiquement le conflit — jusqu'à des déclarations selon lesquelles la Pologne pourrait bloquer l'adhésion de l'Ukraine à l'UE. Tusk, en revanche, a publiquement averti que le conflit polono-ukrainien était une « erreur stratégique qui coûtera aux deux côtés » et tente de minimiser les dégâts dans les discussions avec ses partenaires européens.
Le ministre polonais des Affaires étrangères, Radoslaw Sikorski, a adopté une position de compromis : il a critiqué Zelenski pour sa décision concernant l'UPA et Nawrocki pour « l'humiliation personnelle du président ukrainien ».
Ce que Kiev a concrètement proposé — et ce qu'il n'a pas dit
- Archives du SBU et du SRE concernant la Volhynie — le point le plus sensible : les documents pourraient modifier ou confirmer les récits existants des deux côtés.
- Élargissement des travaux d'exhumation — une mesure pratique que les Polonais réclamaient depuis longtemps comme condition de normalisation.
- De nouvelles décisions diplomatiques — une formulation délibérément vague : aucun détail sur ce qui sera fait exactement et quand.
- Expansion du dialogue intercommunautaire — le format n'est pas précisé.
- Renforcement de l'UINP — une mesure institutionnelle, sans indicateurs concrets.
Le ministère des Affaires étrangères de l'Ukraine a toutefois émis une mise en garde : Kiev est prêt à réagir si la Pologne prend des décisions unilatérales susceptibles de détériorer les relations bilatérales. En d'autres termes, l'ouverture des archives n'est pas une concession inconditionnelle, mais une proposition pour une mesure symétrique.
Qui en bénéficie et pourquoi
Pour Zelenski, le rétablissement des relations avec Varsovie est avant tout une question d'intégration européenne : la Pologne est l'un des principaux défenseurs de l'Ukraine dans l'UE, et son inaction ou son hostilité ralentit directement le processus de négociation. Pour Tusk, il s'agit de l'occasion de consolider son image de leader européen pragmatique tout en affaiblissant les positions de Nawrocki, qui se constitue son propre capital électoral sur la rhétorique anti-ukrainienne. Pour Nawrocki et le PiS, toute « réconciliation » sans des conditions polonaises strictes est une défaite qu'ils ne sont pas prêts à accepter.
Il est significatif que l'ancien Premier ministre Mateusz Morawiecki ait déjà qualifié la réponse de Tusk de « politique obséquieuse » et ait exigé de ne pas soutenir les négociations sur l'adhésion de l'Ukraine à l'UE sans accepter la « vérité historique ».
Si la partie polonaise répond à l'ouverture des archives par une autorisation concrète d'élargissement des exhumations avant la fin de l'été, ce sera le premier test mesurable pour déterminer si ce réchauffement actuel est un véritable redémarrage technique ou simplement un nouvel échange de signaux devant les caméras.