11 heures d'interrogatoire — et retour à Mogadiscio : comment les États-Unis ont disqualifié le premier arbitre somalien de la Coupe du monde 2026

Omar Artan aurait dû devenir le premier arbitre somalien de la Coupe du monde. Le service des douanes américain a mené un interrogatoire de 11 heures, a fermé les portes et n'a pas expliqué pourquoi — malgré des documents en règle et un visa valide.

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Le 6 juin, Omar Artan a volé vers Miami depuis Istanbul. En poche : une accréditation de la FIFA, une autorisation d'entrée aux États-Unis, vingt ans de carrière. Onze heures plus tard, on l'a remis sur un vol de retour.

Les « bons documents » n'ont pas fonctionné

Artan n'est pas simplement l'un des 36 arbitres du tournoi. Il est le premier Somalien de l'histoire sélectionné pour une Coupe du monde. En janvier 2024, il a été le premier de ses compatriotes à arbitrer un match de la Coupe d'Afrique des nations — Tunisie contre Namibie. Né en 1992 à Mogadiscio, il est devenu arbitre FIFA en 2018, alors que le football somalien sortait à peine d'une décennie de conflit armé.

Le Service des douanes et de la protection des frontières des États-Unis (CBP) a confirmé le refus, mais sans aucun détail : « il a été décidé que l'entrée était impossible en raison de problèmes de vérification des données ». Plus tard, l'administration Trump a déclaré à CBS News que la raison en était une « information compromettante » qui incluait des « liens » avec des groupes présumément terroristes — sans détails ni preuves fournis à l'arbitre lui-même.

« Je suis très, très déçu. Je suis simplement un arbitre qui essaie de réaliser mon rêve — le plus grand rêve de ma vie. J'avais les bons documents. J'avais le bon visa ».

— Omar Artan, dans une interview au New York Times

Travel-ban et « exception » pour le sport

La Somalie figure sur la liste des 39 pays sur lesquels Donald Trump a étendu les restrictions d'entrée en juin 2025, la qualifiant de « refuge pour terroristes ». Pour les participants à la Coupe du monde 2026, il existe une exception formelle — mais, comme l'a montré le cas d'Artan, elle n'est pas une garantie. En raison d'un problème similaire, les joueurs iraniens ont parlé publiquement de « tensions » avec les visas américains à la veille du tournoi.

La FIFA a réagi avec retenue : l'organisation a confirmé qu'Artan « ne pourra pas arbitrer les matchs de la Coupe du monde 2026 », et a rappelé que la décision d'admissibilité sur le territoire du pays hôte relève exclusivement de ce pays. Le président du comité des arbitres de la FIFA, Pierluigi Collina, avait d'ailleurs prévenu tous les arbitres sélectionnés de la nécessité de participer à un stage de préparation aux États-Unis — sans cela, la participation au tournoi est impossible.

« C'était le destin »

De retour à Mogadiscio, Artan s'est adressé aux journalistes — et n'a pas cherché à accuser. Ses paroles sur le « destin » et son appel à la jeunesse somalienne à « ne pas perdre espoir » ont été interprétées différemment : certains — comme une dignité sous la pression, d'autres — comme une prudence forcée d'une personne qui envisage toujours une carrière arbitrale et ne veut pas de conflits supplémentaires avec le pays organisateur.

« Ce qui s'est passé s'est passé, et c'était le destin. Je suis reconnaissant à la FIFA pour son soutien. La Somalie nous appartient, qu'on le veuille ou non ».

— Omar Artan, après son arrivée à Mogadiscio, Reuters

La vraie question que l'affaire Artan pose à la FIFA : si un pays hôte peut bloquer un agent officiel accrédité sans explication et sans mécanisme d'appel — que signifie l'« exception » pour les athlètes lors des prochains tournois organisés aux États-Unis ?

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