Illia Kovtun, qui a remporté l'argent aux Jeux olympiques de Paris il y a deux ans sous le drapeau ukrainien, a maintenant grimpé sur la marche la plus haute du podium du championnat d'Europe en concours complet — mais pour la Croatie. Selon ses résultats, le gymnaste a obtenu 82,833 points, rapporte UNN en citant Inside Gymnastics. Arsenii Doukhnov a terminé deuxième, Daniil Marinov troisième.
Pour certains, c'est simplement une ligne dans un classement. Pour la gymnastique ukrainienne, c'est la confirmation de la perte de l'un des sportifs les plus talentueux de sa génération, et cette perte a une préhistoire bien précise.
Comment la décision s'est prise
L'intention de changer de nationalité sportive a été révélée à la fin de 2024, lorsque l'entraîneur en chef de l'équipe croate a annoncé que le gymnaste et son entraîneuse Irina Gorbatchova avaient soumis les documents correspondants. Le processus s'est avéré lent : Kovtun lui-même, dans une interview auprès d'un média croate, a raconté que le processus d'obtention de la nationalité était en cours, il ne savait donc pas encore quand il aurait la permission de concourir sous le drapeau croate, bien qu'il suppose que cela se ferait l'année suivante.
La Fédération internationale de gymnastique a mis un point final au transfert : la FIG a confirmé que le gymnaste de 21 ans avait changé sa nationalité de l'ukrainienne à la croate. La décision d'admission aux compétitions a été prise par le Comité exécutif de la FIG lors de la réunion à Lausanne les 9-10 juillet, et selon le règlement, l'athlète n'a pu faire ses débuts pour son nouveau pays que l'année suivante — c'est pour cette raison que Kovtun n'a remporté son premier titre d'or pour la Croatie que maintenant.
La raison — bien au-delà de la guerre
Publiquement, l'histoire est présentée comme un drame de « fuite » de la guerre, mais le gymnaste lui-même a insisté sur le fait que les motifs étaient plus complexes. Selon l'entraîneuse Irina Gorbatchova, la décision a été motivée par des divergences avec la Fédération ukrainienne de gymnastique. Kovtun lui-même a expliqué son transfert par des raisons à la fois personnelles et professionnelles, notamment en raison du soutien qu'il a reçu à Osijek, en Croatie — la ville où il a déménagé au début de l'invasion à grande échelle et où il a commencé à s'entraîner.
En d'autres termes : la guerre a créé une situation où l'athlète s'est retrouvé en dehors du système habituel d'entraînement, et le conflit avec la fédération ainsi que l'attention du nouveau club ont finalisé une décision qui se préparait depuis plusieurs mois.
Ce que cela signifie pour la gymnastique ukrainienne
La perte d'un médaillé olympique n'est pas seulement un coup dur à la réputation. C'est un signal montrant à quel point le système de rétention des meilleurs athlètes en temps de guerre est fragile : sans financement, sans conditions stables et sans confiance envers la fédération, même les plus talentueux cherchent une alternative à l'étranger.
La question maintenant n'est pas si Kovtun reviendra ou non — selon les règles de la FIG, c'est pratiquement impossible dans les années à venir. La question est différente : combien d'autres athlètes seront confrontés au même choix, et la fédération ukrainienne sera-t-elle capable de modifier les conditions avant que le prochain talent ne s'en aille s'entraîner « simplement parce qu'on prend soin de lui là-bas »?