Vingt et un navires en deux jours. C'est exactement le nombre de navires de commerce et de pétroliers qui ont traversé le détroit d'Ormuz au cours du week-end des 4-5 avril — le chiffre le plus élevé depuis le début de la crise iranienne.
Le détroit est une bande de 33 kilomètres d'eau entre l'Iran et Oman, par laquelle transite environ 20 % du commerce mondial de pétrole. Téhéran a menacé à plusieurs reprises de le bloquer : en réponse aux sanctions, à la présence militaire américaine, au soutien à Israël. Les menaces ont retenti — mais le détroit a continué à fonctionner. Cependant, le pic de trafic en ce moment même demande une explication.
Pourquoi y a-t-il plus de navires maintenant, et non moins
Ce paradoxe s'explique par plusieurs facteurs. Premièrement, une partie des acheteurs de pétrole iranien — notamment les raffineries chinoises — augmente ses importations avant l'introduction de nouveaux tarifs américains et le possible durcissement de la pression des sanctions par l'administration Trump. Deuxièmement, les navires qui auparavant contournaient la région en raison des risques d'attaques houthistes en mer Rouge reviennent partiellement aux itinéraires traditionnels : Ormuz semble plus prévisible que Bab-el-Mandeb.
C'est-à-dire que la croissance du trafic n'est pas un signal de désescalade. C'est un signal montrant que la logistique mondiale recalcule les risques en temps réel et choisit le moindre mal.
Le levier iranien : réel ou purement décoratif
Le Corps des gardiens de la révolution islamique dispose des moyens techniques pour perturber partiellement la navigation — mines, vedettes rapides, complexes de missiles côtiers. Mais un blocus complet du détroit signifierait un coup porté aux propres exportations de pétrole de l'Iran, qui transitent par le même corridor, et une réponse militaire quasi garantie de la part des États-Unis et de leurs alliés.
C'est pourquoi, malgré dix ans de menaces, le blocus n'a jamais eu lieu. En revanche, l'Iran utilise le détroit comme instrument de pression — il retient certains navires, démontre la présence de sa flotte, simule des manœuvres d'interception. Cela coûte cher aux marchés d'assurance et coûte peu à Téhéran.
Ce que change le trafic record
Pour l'Ukraine, le contexte n'est pas abstrait : le prix du pétrole, qui se forme notamment par le trafic d'Ormuz, affecte directement les revenus de la Russie. Chaque trimestre où le pétrole se maintient au-dessus de 70 dollars, c'est des milliards pour le budget du Kremlin. Le trafic record à travers le détroit fait baisser les prix en augmentant l'offre sur le marché — et c'est l'un des rares mécanismes d'impact économique indirect sur la machine militaire russe, qui fonctionne sans aucune décision de l'Occident.
Si l'administration Trump renforce finalement les sanctions contre l'exportation iranienne et que le trafic à travers Ormuz chute brusquement — le marché sera-t-il prêt à compenser la baisse des volumes iraniens sans nouveau pic de prix, qui remplirait à nouveau les coffres russes ?