Transneft a arrêté le pompage du pétrole vers Novorossiïsk après une attaque de drones nocturne et un incendie au terminal « Sheskharis » — le plus grand centre de fret de la Russie en mer Noire. Deux sources informées de la situation l'ont confirmé à Reuters. L'arrêt s'est produit pour la deuxième fois en quelques mois : la première attaque contre « Sheskharis » a eu lieu en novembre 2025.
Qu'est-ce que « Sheskharis » et pourquoi c'est important
Le terminal expédie environ 700 000 barils de pétrole par jour — principalement des grades Urals et Siberian Light, ainsi que des matières premières kazakhes en transit par la Russie. Selon Reuters, en octobre 2025, le port de Novorossiïsk a traité 3,22 millions de tonnes de pétrole — environ 760 000 barils par jour. Il ne s'agit pas simplement d'une infrastructure russe : l'arrêt touche également le Kazakhstan, dont les exportations de pétrole dépendent de ce corridor.
La Baltique était déjà en feu — maintenant la mer Noire
L'attaque contre « Sheskharis » s'est produite dans le contexte d'une semaine d'attaques nocturnes contre les terminaux baltes de Primork et Oustioug. Selon les calculs de Reuters, environ 40 % de la capacité totale d'exportation de pétrole russe — environ 2 millions de barils par jour — ont été simultanément mises hors service. Les analystes la qualifient de la plus grande panne de la logistique pétrolière russe à l'époque moderne.
« Compte tenu des problèmes d'exportation en mer Baltique, la Russie devra réduire la production de pétrole en raison du remplissage des réservoirs »
Reuters, citant des sources du secteur
La réduction de la production n'est pas une pression des sanctions, mais une limite physique : si le pétrole ne peut pas être expédié, les réservoirs débordent et les puits s'arrêtent. Il est impossible de rediriger rapidement les flux vers l'est : l'infrastructure des oléoducs en direction de la Chine est déjà saturée.
La question du prix : qui gagne à l'arrêt
Le paradoxe de la situation réside dans le fait que la Russie ne peut pas profiter de son propre cadeau. L'escalade au Moyen-Orient a poussé les prix du pétrole vers le haut, le Brent a dépassé la barre des 106 dollars. Mais Moscou ne peut pas en tirer profit : les terminaux sont à l'arrêt, et le prix de l'Urals est de toute façon limité par le plafond du G7 à 60 dollars le baril — que la Russie contourne systématiquement via une flotte d'ombre.
Selon la plateforme analytique Kpler, des incidents similaires dans le passé ont entraîné des arrêts d'une durée de plusieurs jours à une semaine. Mais c'est le premier cas où les centres balte et de la mer Noire sont paralysés simultanément.
Le gouverneur de la région de Krasnodar, Kondratiev, a reconnu des dommages à six bâtiments résidentiels et deux maisons privées, avec huit blessés. Concernant les « entreprises » — il a seulement dit que « des débris de drones ont été retrouvés sur leur territoire », sans préciser lesquels.
Le facteur kazakh
La question du Kazakhstan mérite une attention particulière. Astana cherche depuis longtemps des itinéraires alternatifs pour son pétrole — via l'Azerbaïdjan et la Turquie en contournant la Russie. Chaque nouvel arrêt de « Sheskharis » ajoute des arguments à ceux du gouvernement kazakh qui insistent sur la diversification. La question n'est plus théorique : à quelle rapidité Astana pourra-t-elle réorienter les volumes si les attaques deviennent régulières — et les capacités de l'itinéraire transcastupien seront-elles suffisantes pour cela ?