En juin 2025, lors du sommet de l'OTAN à La Haye, 31 des 32 États membres ont signé un engagement d'augmenter les dépenses de défense à 5 % du PIB d'ici 2035. L'Espagne a obtenu une exception. Les signatures sont apposées — mais il n'existe aucun mécanisme de vérification de la conformité avant 2029. C'est précisément cette étape que le FMI a soulevée dans son Fiscal Monitor d'avril 2025.
Ce que dit le FMI en chiffres
Les auteurs du rapport — le directeur du département de la politique budgétaire du FMI Vitor Gaspar, sa adjointe Era Dabla-Norris et Marcos Popłowski-Ribeiro — ont constaté que la dette publique mondiale augmentera cette année de 2,8 points de pourcentage, ce qui est deux fois supérieur au taux de 2024, et dépassera 95 % du PIB mondial. D'ici la fin de la décennie, elle s'approchera de 100 % du PIB, dépassant le pic pandémique.
Dans le pire scénario — 117 % du PIB d'ici 2027. Parmi les facteurs : les guerres commerciales, la volatilité des marchés et justement l'augmentation des dépenses de défense, que le FMI qualifie directement de pression permanente et à long terme sur les budgets.
« Les pays disposent déjà d'un espace budgétaire limité et font face à de nouvelles dépenses permanentes — comme la défense ».
FMI Fiscal Monitor, avril 2025
Bénéfice à court terme contre piège à moyen terme
La logique de la relance défensive est connue : l'État commande — les entreprises produisent — l'emploi augmente. Le multiplicateur keynésien en action. Mais la Commission européenne dans sa prévision de printemps 2025 a précisé : l'école néoclassique constate les effets d'éviction à long terme — lorsque les dépenses militaires détournent le capital et la main-d'œuvre des investissements privés et augmentent les déficits budgétaires.
Les chercheurs du Centre pour le développement mondial (CGDev) dans un travail pour le Bureau d'évaluation indépendant du FMI précisent : dans les économies développées, où la dette publique dépasse déjà 100 % du PIB en moyenne, l'augmentation de la défense engendre inévitablement des arbitrages difficiles — surtout sur fond d'augmentation des dépenses de retraite et de santé et d'espace limité pour augmenter les impôts.
- Étude RAND : le multiplicateur des infrastructures civiles — logement, transports, éducation — est plus élevé que celui des achats militaires.
- Nouvelle Fondation économique (Londres) : l'industrie de défense génère moins d'emplois par unité de dépense que les infrastructures vertes ou sociales.
- PIIE (Washington) : si les pays européens dépensent 5 % du PIB en achats d'armes américaines, le stimulus pour leurs propres économies sera minime.
Où se situe l'Ukraine dans cet équilibre
Pour l'Ukraine, la question n'est pas abstraite. Le FMI prévoit que la dette publique du pays dépassera déjà 100 % du PIB en 2025 pour la première fois. Parallèlement, c'est précisément l'augmentation des dépenses de défense des alliés — ce sur quoi Kyiv compte comme un signal stratégique de soutien — qui est l'un des facteurs aggravant le climat budgétaire mondial et compliquant la mobilisation de nouveaux paquets d'aide.
Le FMI ne propose pas de réduire les budgets de défense. Le Fonds insiste sur une « consolidation budgétaire progressive dans le cadre de plans crédibles à moyen terme » — c'est-à-dire des réformes compensatoires : réduction des subventions énergétiques, révision des systèmes de retraite, augmentation des revenus.
Si les 31 États de l'OTAN atteignent réellement 5 % du PIB d'ici 2035 sans réformes structurelles du côté des revenus, la question n'est pas de savoir si la dette augmentera — mais qui sera le premier confronté à une crise de refinancement : les membres périphériques de l'Alliance ou ceux qui négocient déjà une exception, comme l'Espagne à La Haye.