La police hongroise a ouvert une enquête contre les entreprises de Gyula Balassa, un magnat des médias dont l'activité a servi de facto la propagande d'État du gouvernement de Viktor Orbán pendant plus d'une décennie. Les comptes ont été gelés le 27 avril, et la déclaration officielle de la police a été publiée le lendemain du jour où Balassa lui-même a proposé publiquement de transférer ses entreprises aux nouvelles autorités.
De zéro à 150 contrats par an
L'ampleur du régime ressort des chiffres : selon le Centre hongrois de recherche sur la corruption (CRCB), le nombre de marchés publics remportés par les entreprises de Balassa a augmenté de zéro à 150 par an au cours de la période du gouvernement Orbán, de 2012 à 2025. Selon les calculs de Transparency International, au cours de la seule période 2019-2021, trois sociétés clés du magnat — Lounge Design, New Land Media et Media Dynamics — ont obtenu du Bureau national de la communication des contrats d'une valeur de 295 milliards de forints, soit environ 960 millions de dollars.
Ce sont précisément ces entreprises qui ont élaboré la campagne électorale anti-ukrainienne d'Orbán en 2025 — avec le message « le choix entre la guerre et la paix » — ainsi que ses campagnes anti-immigration de longue date.
La logique du transfert « volontaire »
Balassa a annoncé sa volonté de transférer son entreprise à l'État avant même que la police ne publie son enquête. Il a justifié sa décision en ces termes :
« Non pas parce qu'il y a quelque chose à cacher, ou parce que nous avons fait quelque chose d'illégal ou d'incorrect ».
Gyula Balassa, propriétaire de Lounge Group
Cependant, la chronologie contredit cette version : les comptes ont été gelés le 27 avril, le Premier ministre Peter Mádár a déclaré publiquement le 28 avril que les autorités fiscales avaient bloqué les tentatives de personnes proches d'Orbán de transférer des fonds à l'étranger — et ce n'est qu'après cela que l'offre « volontaire » est apparue.
Une enquête sans suspect
La formulation utilisée par la police est révélatrice : l'enquête a été ouverte « contre une personne non identifiée » sur soupçon d'utilisation inappropriée de fonds et de blanchiment d'argent. Des enquêtes distinctes sont menées sur les « contrats à prix gonflés ». Il s'agit d'une construction procédurale standard qui permet de rassembler les preuves sans nommer publiquement le suspect — et qui peut facilement se transformer en accusations spécifiques.
L'affaire Balassa se déploie sur fond d'un processus plus large : après la défaite électorale du parti d'Orbán, ses alliés ont commencé à retirer rapidement leurs actifs à l'étranger, ce qui a forcé les nouvelles autorités à réagir rapidement.
Lounge Group n'a pas répondu à la demande de Reuters.
La question clé des prochaines semaines est la suivante : l'enquête « contre une personne non identifiée » se transformera-t-elle en une affaire avec un nom — et sera-t-elle suivie de demandes adressées au Bureau national de la communication lui-même, qui a distribué les contrats.