Le 13 juillet, la Pologne a officiellement lancé la construction du port en eau profonde de conteneurs « Cap Poméranie » à Świnoujście — un projet d'une valeur de plus de 10 milliards de zlotys (environ 2,35 milliards de dollars). Mais derrière cette date de lancement se cache une préhistoire qui explique pourquoi ce port sera construit exclusivement par des structures polonaises.
Comment les Belges et les Qataris ont laissé la Pologne les mains vides
En juillet 2023, le gouvernement précédent a signé un accord avec le consortium DEME Group (Belgique) et QTerminals (Qatar) — ils devaient à la fois construire et financer le terminal. Le consortium n'a pas respecté les conditions du contrat et a manqué les délais impartis. Le nouveau gouvernement Tusk a annulé l'accord et annoncé une nouvelle conception « à partir de zéro ».
« Nous avons élaboré une nouvelle conception du port de Świnoujście à partir de zéro, car la précédente était défectueuse : sans financement garanti et avec des retards constants »
— Arkadiusz Marchewka, vice-ministre des Infrastructures
La nouvelle version du projet s'est avérée plus ambitieuse que la précédente. Le port sera construit exclusivement par des structures polonaises d'État — l'Administration des ports maritimes de Szczecin et Świnoujście.
Ce qui est en cours de construction
- 186 hectares de nouvelles terres, gagnées sur le golfe de Poméranie (remblayage d'environ 20 millions de tonnes de sable)
- Un terminal à conteneurs avec une ligne de quai de 1 300 m et une capacité de 2 millions d'EVP par an
- Un chenal d'accès de 70 km de long, 500 m de large et 17 m de profond — suffisant pour les navires jusqu'à 400 m de long
- Infrastructure ferroviaire : 10 voies de 800 m chacune ; deux voies d'accès de plus de 3 km
- Longueur totale de la paroi du quai avec brise-lames — près de 3 km
La construction devrait commencer en 2027 et être achevée en 2029.
La « Ligue des champions » de la Baltique — ou arrière-base de Hambourg
Świnoujście est situé à la frontière avec l'Allemagne. Actuellement, une grande partie des cargaisons polonaises passent par Hambourg. « Cap Poméranie » est censé changer cette logique : devenir le deuxième hub de conteneurs en eau profonde du pays après Gdańsk et rivaliser avec les plus grands ports de la Baltique.
Il y a aussi une dimension de sécurité. Le port est construit dans une zone Natura 2000 près de la frontière avec l'Allemagne — ce qui suscite depuis des années des protestations des écologistes polonais et allemands. Parallèlement, la partie polonaise relie directement le projet à la logistique de l'OTAN et à la « sécurité stratégique du pays ».
« C'est une opportunité historique d'accéder à la Ligue des champions européenne des ports »
— Jarosław Sergiej, directeur général de l'Administration des ports maritimes de Szczecin et Świnoujście
Où réside le risque
Le projet est réalisé sans partenaire privé et sans opérateur d'ancrage confirmé du terminal — celui qui garantirait le traitement de 2 millions d'EVP par an. Gdańsk traite déjà ces volumes, avec CMA CGM et Maersk derrière lui. Świnoujście n'en a pas pour le moment.
Si d'ici 2027 — le début de la construction — la Pologne n'attire pas un grand opérateur international, « Cap Poméranie » risque de devenir le port le plus cher de la Baltique sans flotte pour l'utiliser.