70 milliards d'euros pour l'Ukraine : l'OTAN veut une nouvelle formule de financement, mais les plus grandes économies de l'Alliance ont déjà bloqué une idée similaire

Lors du sommet à Ankara, l'OTAN pourrait adopter un paquet d'aide à l'Ukraine de 70 milliards d'euros avec un nouveau mécanisme de transparence. Le problème : cinq grands alliés viennent de faire échouer l'initiative de Rutte concernant une contribution obligatoire de 0,25% du PIB.

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Les pays de l'OTAN discutent d'un nouvel engagement de financement de l'Ukraine à hauteur de 70 milliards d'euros, qu'ils prévoient de présenter lors du sommet de l'Alliance à Ankara les 7 et 8 juillet, rapporte Politico en citant quatre diplomates de l'OTAN. Ce montant se compose de deux éléments : 30 milliards d'euros — prélevés sur le crédit de deux ans de l'UE à l'Ukraine de 90 milliards d'euros déjà convenu, et 40 milliards d'euros — nouvelles contributions bilatérales des États membres.

La proposition a été préparée par l'Allemagne. Au-delà de la somme, Berlin insiste sur la création d'un mécanisme de transparence accrue : surveiller qui contribue exactement combien — et si c'est proportionnel à la taille de son économie. Il s'agit d'une réaction directe à la frustration des plus petits alliés, qui estiment supporter un fardeau disproportionné.

Qui se plaint et pourquoi

Selon l'Institut de Kiel, depuis le début de l'invasion à grande échelle, les plus importants contributeurs sont les États-Unis (115,4 milliards d'euros), l'Allemagne (25,3 milliards d'euros), la Grande-Bretagne (20 milliards d'euros), le Canada (13,97 milliards d'euros) et la France (7,91 milliards d'euros). Mais en pourcentage du PIB, le tableau est différent : les Pays-Bas, la Pologne, les pays baltes et scandinaves dépensent déjà 0,25 % du PIB ou plus pour soutenir l'Ukraine — tandis que la France, l'Espagne et l'Italie sont sensiblement à la traîne.

« Le soutien à l'Ukraine est distribué inégalement au sein de l'Alliance — de nombreux membres dépensent insuffisamment par rapport à leurs capacités économiques ».

Mark Rutte, secrétaire général de l'OTAN

C'est pourquoi en mai, Rutte a proposé de faire de 0,25 % du PIB une contribution annuelle obligatoire. Selon les calculs de l'OTAN, cela triplerait l'aide — à 143 milliards d'euros par an. L'initiative a échoué : la Grande-Bretagne, la France, l'Espagne, l'Italie et le Canada l'ont bloquée. Rutte a reconnu que « la proposition ne sera probablement pas présentée ».

Ce que signifient 70 milliards d'euros en pratique

Pour l'Ukraine, cette somme est critique : en 2026, le besoin de financement extérieur s'élève à environ 50 milliards de dollars rien que pour couvrir les postes budgétaires civils, et les dépenses de défense totales — 65 milliards de dollars par an, comme l'a souligné l'économiste Oleg Ustenko. De plus, les États-Unis sous l'administration Trump sont passés des fournitures d'armes gratuites à la vente — c'est-à-dire qu'une partie des 70 milliards d'euros sera reçue par Kyiv non pas sous forme de subvention, mais de dette.

L'Institut de Kiel constate que : au premier semestre 2025, les nouveaux allocations d'aide militaire en Europe ont chuté au niveau le plus bas depuis 2022. « Les disparités au sein de l'Europe se sont approfondies, — constatent les analystes de l'institut. — L'Espagne et l'Italie ont contribué très peu ».

Le commissaire européen à la défense Andrius Kubilius a insisté sur le fait que l'UE était « inébranlable » dans son soutien à l'Ukraine — mais en parallèle, il a déclaré que l'adhésion de Kyiv à l'OTAN était « actuellement inaccessible » et a proposé une alternative sous la forme d'une Union de la défense européenne. La position est révélatrice : soutenir tout en maintenant à l'écart.

Un mécanisme sans dents ?

La question clé concernant le paquet d'Ankara n'est pas la somme, mais l'architecture. Le niveau de base précédent de 40 milliards d'euros, adopté lors du sommet de Washington en 2024, a été dépassé par les alliés : en 2024, plus de 50 milliards d'euros ont été alloués. Mais cela s'est produit sans quotas obligatoires — simplement par la bonne volonté de ceux qui étaient disposés à payer.

Le nouveau « mécanisme de transparence » de Berlin devrait corriger exactement cette lacune. Cependant, si cinq grandes économies de l'Alliance ont déjà bloqué la version plus stricte de Rutte, se pose la question : accepteront-elles maintenant une version plus souple, mais avec des calendriers de contributions nominatifs ?

Si la France, l'Espagne et l'Italie signent le document d'Ankara avec une répartition transparente — et enregistrent publiquement leurs parts — le mécanisme aura une réelle pression. Si elles le signent sans chiffres pour chaque pays, les 70 milliards d'euros risquent de devenir une autre déclaration d'intentions.

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