800 billions de won en jeu : comment deux géants des puces réécrivent le budget d'un pays entier

Samsung et SK Hynix ont gagné plus que l'ensemble du PIB de la Corée du Sud. Maintenant, le gouvernement décide s'il faut dépenser cet excédent de bénéfices ou le transformer en fonds pour l'avenir.

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Фото: EPA

Lorsque deux entreprises valent plus que l'ensemble de l'économie d'un pays, l'État se trouve inévitablement face à un choix inconfortable : laisser l'occasion s'envoler — ou apprendre à la maîtriser.

Des chiffres difficiles à imaginer

Samsung Electronics et SK Hynix ont atteint ensemble une capitalisation boursière de 3,54 quadrillions de wons — c'est plus que le PIB nominal de la Corée du Sud de l'année dernière (2,68 quadrillions de wons). SK Hynix a enregistré en 2025 un chiffre d'affaires record de 97 trillions de wons — une croissance de 47 % — et son bénéfice net a doublé pour atteindre 42,9 trillions de wons. Samsung a ajouté 57,2 trillions de wons de bénéfice d'exploitation au premier trimestre.

Pour le budget de l'État, cela signifie : l'impôt sur les sociétés, l'impôt sur le revenu provenant des bonus record des employés et l'impôt sur les transactions de valeurs mobilières ont tous bondi simultanément. Certaines prévisions indiquent des rentrées supplémentaires pouvant atteindre 500 trillions de wons.

Ce que le gouvernement veut en faire

Le président Lee Jae-myung a annoncé un budget record de 2027 — plus de 800 trillions de wons (531 milliards de dollars), ce qui représente une augmentation de 10 % par rapport au plan actuel de 727,9 trillions de wons. Le ministre du Budget, Park Hoon-goon, a expliqué : le financement proviendra de recettes fiscales plus élevées et de réductions des dépenses inefficaces — non pas de nouveaux emprunts.

Trois « mégaprojets » recevront une priorité :

  • Les semi-conducteurs — soutien à la production et à la R&D
  • Les centres de traitement des données pour l'IA — infrastructure pour répondre à la demande mondiale
  • L'IA physique — robotique, systèmes autonomes, automatisation industrielle

Parallèlement — un « Fonds de réaction aux défis futurs » : des fonds destinés aux jeunes de 20 à 30 ans, au développement régional et à la reconversion professionnelle. Le chef de l'administration présidentielle Kang Hoon-suk a insisté lors d'une réunion avec le Parti démocrate au pouvoir :

« Nous ne pouvons pas dépenser sans discernement les rentrées supplémentaires provenant de la reprise du secteur des semi-conducteurs en ce moment critique, qui déterminera l'avenir de la Corée ».

Kang Hoon-suk, chef de l'administration présidentielle de la République de Corée

Où se cache le risque

Le problème réside dans la concentration. Le rallye des actions de Samsung et SK Hynix a d'abord profité à ceux qui détenaient déjà ces titres. Les Coréens quittaient massivement leurs assurances-retraite — les versements en cas de rupture anticipée de contrat ont augmenté de 16 % au premier trimestre — pour investir dans des actions de puces. C'est un risque social distinct que les mathématiques budgétaires ne couvrent pas.

Le gouvernement examine un mécanisme non conventionnel : l'État reçoit parfois des actions au lieu de paiements fiscaux en espèces. Au lieu de les vendre immédiatement — ce qui ferait chuter le prix — les responsables envisagent de transférer ces titres à un fonds pour « cultiver » leur valeur avant leur monétisation.

Parier sur la durabilité

Tout le plan repose sur une seule hypothèse : la demande de puces pour l'infrastructure de l'IA restera stable. Tant que les hyperscalers — Microsoft, Google, Amazon, Meta — ne réduisent pas leurs dépenses en capital, la Corée reste assise sur une mine d'or. Mais le budget de 2027 est élaboré dès maintenant — et si le cycle de la mémoire s'inverse avant que les mégaprojets ne portent leurs fruits, le fonds du futur pourrait se transformer en fonds d'intervention anticrise.

Si au moins l'un des grands acheteurs — disons Nvidia ou Microsoft — réduit considérablement ses commandes de mémoire HBM avant la fin 2026, Séoul aura-t-il le temps de couvrir son pari avant que les engagements budgétaires ne deviennent irréversibles ?

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