Le premier milliardaire islandais a quitté Londres — la Grande-Bretagne pourrait perdre 111 milliards de livres d'ici 2035

Thor Björgólfsson a transféré ses activités à Zurich et s'est installé en Italie. Son cas illustre un problème structurel : l'abolition du régime non-dom coûte déjà à la Grande-Bretagne bien plus qu'elle ne lui rapporte.

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Тор Бьорґольфссон (Фото: btb.is)

L'investisseur islandais Þór Björgólfsson, que Forbes a nommé en 2005 premier milliardaire islandais, a cessé d'être un contribuable britannique. Il a transféré sa résidence fiscale en Italie et le siège de son fonds d'investissement Novator de Londres à Zurich. Il en a parlé dans une interview accordée à Bloomberg, publiée en juillet 2025. Selon Björgólfsson, le régime non-dom était prêt à être modifié — mais la Grande-Bretagne fera désormais face à de sérieuses difficultés pour attirer les personnes fortunées.

Qu'est-ce que le non-dom et pourquoi l'a-t-on supprimé

Le régime « non-domiciled resident » était en vigueur en Grande-Bretagne depuis l'époque coloniale : un résident étranger ne payait les impôts britanniques que sur les revenus générés en Grande-Bretagne elle-même. Les fortunes réalisées à l'étranger restaient hors de portée du fisc — à condition qu'elles ne soient pas importées dans le pays. Le gouvernement travailliste a supprimé ce système à partir du 6 avril 2025, le remplaçant par un modèle de résidant avec une fenêtre de privilèges de quatre ans pour les nouveaux arrivants et un impôt sur les successions de 40 % sur les actifs étrangers.

Selon le fisc britannique, en 2022–23, il y avait 74 000 résidents non-dom en Grande-Bretagne, dont 37 800 payaient un droit annuel fixe pour conserver leur statut protégé. Le gouvernement s'attendait à générer 2,5 milliards de livres par an grâce à cette réforme.

Qui est déjà parti — et ce que cela signifie en chiffres

Björgólfsson n'est pas une exception. Il fait partie d'une vague que les analystes documentent déjà statistiquement. Selon Henley & Partners et le cabinet d'analyse New World Wealth, en 2024, la Grande-Bretagne a été quittée par 10 800 millionnaires — 157 % de plus que l'année précédente. Parmi eux figurent 78 personnes dont la fortune dépasse 100 millions de livres et 12 milliardaires, selon le Times citant New World Wealth.

Selon les prévisions, au cours des années 2025–2026, le pays pourrait être quitté par 16 500 résidents fortunés supplémentaires, disposant d'un capital liquide cumulé d'environ 91,8 milliards de dollars.

« Si tous ceux qui envisagent sérieusement de partir s'en vont réellement, les 2,5 milliards de livres de revenus attendus se transformeront en une perte d'un milliard de livres »

— Rapport du Risk Assured basé sur un sondage de l'Oxford Economics auprès de 700 résidents non-dom ou leurs conseillers fiscaux, janvier 2025

L'Adam Smith Institute est allé plus loin en avril 2025 : selon ses calculs, la suppression du régime non-dom pourrait coûter à la Grande-Bretagne jusqu'à 111 milliards de livres d'ici 2035 et jusqu'à 44 000 emplois d'ici 2030. La part des millionnaires dans la population britannique pourrait diminuer de 20 % d'ici 2028.

Un détail révélateur : les analystes du Centre for Economics and Business Research ont calculé que si 25 % des contribuables non-dom ayant un statut privilégié quittent le pays — le gain net pour le budget sera nul.

Où vont-ils — et pourquoi justement là

Björgólfsson a choisi l'Italie pour une bonne raison. Rome propose son propre régime non-dom : un impôt annuel fixe sur tous les revenus étrangers indépendamment de leur montant. Pour ceux qui ont déménagé avant août 2024, c'est 100 000 euros par an ; pour ceux qui arrivent plus tard, c'est 200 000 euros ; à partir de 2026, le taux augmentera à 300 000 euros. Le régime s'applique jusqu'à 15 ans et exempte des impôts sur la propriété et les successions sur les actifs étrangers.

La Grande-Bretagne fait également face à la concurrence des Émirats arabes unis — leader attendu en matière d'attraction de millionnaires en 2025 avec une croissance prévue d'environ 10 000 personnes — ainsi que du Portugal et de la Grèce. Les États-Unis s'attendent à une augmentation de 7 500 résidents fortunés avec un capital de 43,7 milliards de dollars.

  • Italie — impôt fixe de 200–300 000 euros/an sur les revenus étrangers, 15 ans, sans impôt sur les successions sur les actifs étrangers
  • Émirats arabes unis — absence d'impôt sur le revenu, afflux record de capitaux en 2025
  • Suisse — imposition forfaitaire basée sur les dépenses de vie, non sur les revenus

Où réside le véritable conflit

Les travaillistes partaient d'une position d'équité : un système permettant aux milliardaires de vivre à Londres et de ne pas payer d'impôts sur les revenus offshore semblait insupportable face aux réductions des dépenses sociales. L'argument est justifié. Le problème réside dans une mauvaise évaluation de l'ampleur de la réaction comportementale. Chaque analyse pertinente, y compris le sondage de l'Oxford Economics, montrait : environ deux tiers des résidents non-dom envisageaient le départ comme une option sérieuse. Le gouvernement a soit sous-estimé cela, soit a consciemment accepté les pertes pour un signal politique.

Il est révélateur que même Björgólfsson — une personne qui a déménagé — reconnaisse publiquement : le régime avait besoin d'une réforme. Sa critique ne porte pas sur le principe, mais sur le calibrage : l'introduction brutale d'une imposition sur les successions de 40 % sur les actifs mondiaux sans mécanisme de transition — ce n'est pas une réforme, c'est un signal confiscatoire.

La réponse de Londres se limite pour l'instant à des retouches cosmétiques du régime FIG (Foreign Income and Gains), qui offre des privilèges de quatre ans aux nouveaux résidents. Selon les sondages, la plupart des conseillers le jugent insuffisant pour inverser la tendance.

Si le gouvernement de Starmer ne propose pas une alternative structurellement compétitive avant le prochain cycle budgétaire — la question ne sera plus de savoir si l'exode se poursuivra, mais si Londres conservera son statut de centre de gestion des capitaux pour la prochaine génération d'investisseurs de la classe de Björgólfsson, qui n'ont pas encore décidé où s'installer.

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