D7 sans les États-Unis : pourquoi Rasmussen a décidé de restructurer l'ordre mondial sur la base d'une « coalition des volontaires »

L'ancien secrétaire général de l'OTAN propose non seulement une nouvelle alliance, mais une architecture composée de quatre blocs parallèles — allant de la défense aux technologies — où les États-Unis demeureraient simplement un « membre associé potentiel ».

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Андерс Фог Расмуссен (Фото: ЕРА)
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Premier chevauchement symbolique : Anders Fog Rasmussen a présenté le concept de la « Démocratie des sept » (D7) le 11 mai 2025 — un jour avant le sommet de Copenhague des démocraties, qu'il a lui-même fondé. Ce n'est pas un choix fortuit de plateforme pour un homme qui a dirigé l'OTAN de 2009 à 2014 et comprend le poids des gestes symboliques.

Le D7 devrait regrouper l'Australie, le Canada, le Japon, la Nouvelle-Zélande, la Corée du Sud, la Grande-Bretagne et l'Union européenne — un PIB cumulé d'environ 36 billions de dollars, soit 30 % du total mondial. Selon Rasmussen, ce poids permet de « contenir toute pression, même de la part des hégémons mondiaux ».

Pas un club, mais un système concentrique

La différence clé par rapport aux idées antérieures de « coalitions de démocraties » est que l'architecture proposée ne nécessite pas un consensus unique. Le D7 est conçu comme un « avant-garde » autour de laquelle se forment des cercles de membres associés et de partenaires qui adhèrent à des initiatives particulières de leur propre chef. C'est exactement ainsi, comme l'explique Rasmussen dans une chronique pour LIGA.net, que fonctionne déjà la « Coalition des volontaires » concernant l'Ukraine — lancée par les premiers ministres Starmer et Macron en mars 2025 et regroupant désormais 34 pays. Elle fonctionne en dehors de la structure consensuelle de l'OTAN, mais s'appuie sur l'infrastructure, le personnel et la planification de l'OTAN.

Les États-Unis ne sont pas les fondateurs de ce schéma. Washington peut adhérer en tant que membre associé dans le cadre de coalitions spécifiques ou, « s'il change sa ligne politique », devenir un participant à part entière du noyau. La rupture est sans précédent : pour la première fois en 80 ans, l'architecte de la sécurité transatlantique projette publiquement un système dans lequel l'Amérique est une option, et non l'axe central.

Quatre blocs parallèles

Le contenu concret de la proposition se compose de quatre axes fonctionnels censés fonctionner simultanément :

  • Un mécanisme de défense — basé sur l'expérience de la « Coalition des volontaires » concernant l'Ukraine.
  • Une initiative technologique démocratique — normes communes, contrôle des exportations et investissements dans l'IA, les technologies quantiques et l'espace.
  • Une stratégie des matières premières critiques — briser le monopole chinois sur le traitement des terres rares.
  • Des investissements mondiaux coordonnés — une alternative à l'initiative chinoise « Une ceinture, une route ».

Ce sont précisément les blocs technologique et minier qui constituent la partie la plus novatrice du concept. L'OTAN en tant qu'institution n'a pas les outils pour coordonner le contrôle des exportations de semi-conducteurs ou l'extraction commune du lithium. Le D7 prétend à ce créneau.

Où l'Ukraine s'inscrit dans ce cadre

Rasmussen appelle directement l'expérience ukrainienne « d'importance critique pour la formation d'une nouvelle alliance ». De la logistique des armements à la planification des coalitions sans centre de commandement unique — c'est exactement ce modèle, selon lui, qui constitue le prototype du D7. Ce n'est pas seulement un argument moral : l'Ukraine est devenue un terrain d'essai pour vérifier si une coalition décentralisée peut tenir face à un État doté d'armes nucléaires.

« L'axe autoritaire se consolide. Cela se voit clairement sur le champ de bataille en Ukraine, où non seulement des Russes combattent, mais aussi des soldats nord-coréens et des drones iraniens ».

Anders Fog Rasmussen, LIGA.net

La principale lacune pratique du concept est l'absence de mécanisme de prise de décision. Rasmussen décrit les principes et les objectifs, mais n'explique pas comment sept systèmes juridiques et parlementaires différents prendraient des décisions concernant, par exemple, un contrôle des exportations commun ou un déploiement de forces. La « Coalition des volontaires » n'existe pour l'instant que comme un forum informel — sans statut, sans budget, sans mécanisme de sanctions en cas de non-respect.

Si le D7 reste une déclaration de principes — il rejoindra la longue liste des « nouvelles architectures de sécurité » nées en temps de crise et doucement dissoutes. Mais si d'ici la fin de 2025, au moins trois des sept participants signent un document juridiquement contraignant — au moins dans le bloc technologique ou minier — le concept cessera d'être une idée de chroniqueur et deviendra un fait de négociation.

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