Alors que les ministres des Finances du G7 se réunissaient à Paris pour démontrer l'unité face aux sanctions contre la Russie, Washington a discrètement fait un pas en arrière — et c'est précisément cela qui a transformé la déclaration finale en un test plutôt qu'en une confirmation de cette unité.
Une exception « inattendue »
La veille du deuxième jour des négociations, le ministère américain des Finances a annoncé une nouvelle prolongation de l'exception aux sanctions sur le pétrole russe. Le secrétaire Scott Bessent a justifié cette mesure par la nécessité de « stabiliser le marché physique du pétrole brut » face à la hausse des prix causée par la guerre au Moyen-Orient. Mais, comme l'a noté le commissaire européen à l'Économie Valdis Dombrovskis, c'est déjà la deuxième prolongation d'une mesure initialement prévue pour durer seulement 30 jours.
« Du point de vue de l'UE, ce n'est pas le moment de relâcher la pression sur la Russie. Au contraire, nous devons l'intensifier ».
Valdis Dombrovskis, commissaire européen à l'Économie, Reuters
Lescure a souligné en réponse que la décision concernant l'exception n'était pas une décision commune du G7. Il a insisté sur le fait que « la volonté de maintenir la pression sur la Russie était unanime » — mais cette unanimité portait sur la rhétorique, non sur l'action concrète de Washington.
L'ironie du moment : la Russie profite de la guerre en Iran
Dombrovskis a formulé le paradoxe directement : c'est précisément la Russie qui tire désormais des profits exceptionnels de la hausse des prix des combustibles fossiles causée par le conflit au Moyen-Orient. En d'autres termes, l'exception temporaire américaine pour la stabilisation du marché pétrolier atténue objectivement la pression exercée sur celui contre lequel cette pression est déclarée.
L'Ukraine : des progrès sont faits, mais le travail n'est pas terminé
Concernant le financement de l'Ukraine, le G7 a enregistré « des progrès significatifs » dans la réduction du déficit budgétaire de l'État. Mais Lescure a été prudent : « Nous n'avons pas encore terminé ce travail ». Le soutien est lié à des conditions de réformes — dont la liste concrète n'a pas été divulguée publiquement dans le communiqué final.
La déclaration finale des ministres a confirmé « l'engagement envers la coopération multilatérale », mais, selon France 24, elle était « avare de mesures concrètes ». Le prochain point de rendez-vous est le sommet des dirigeants du G7 à Évian en juin.
Si les États-Unis ne reviennent pas à un régime complet de sanctions sur le pétrole russe avant Évian, la formule de « pression unanime » risque de devenir un document d'intentions — et non un instrument que la Russie ressent dans son propre budget.