Le 19 mai 2026, le Premier ministre Ulf Kristersson a annoncé un accord avec le groupe français Naval Group directement depuis le pont de la corvette HMS Härnösand à Stockholm. Quatre frégates de classe « Luleå » — le plus grand investissement de la marine suédoise depuis la Guerre froide. Le coût du programme s'élève à environ 40 milliards de couronnes suédoises, soit ≈3,7–4,25 milliards d'euros selon la configuration finale.
Pourquoi la France plutôt que la Grande-Bretagne ou l'Espagne
L'appel d'offres a vu s'affronter trois options : le FDI français de Naval Group, le Arrowhead 120 britannique de Babcock (avec la participation du suédois Saab) et le F-110 espagnol de Navantia. Selon le ministre de la Défense Paul Jonson, le facteur décisif a été la rapidité de livraison plutôt que les accords de compensation — autrement dit, la priorité n'était pas délibérément accordée à la production en Suède.
La première frégate est attendue en 2030, puis une par an, la dernière en 2033–2034. Comme l'explique Defence News, le FDI possède déjà une ligne de production active : le navire amiral de la flotte française Amiral Ronarc'h a été livré en octobre 2025, de sorte que la Suède bénéficie d'une plateforme éprouvée sans délais de développement.
« La livraison rapide est absolument critique étant donné la situation de sécurité très grave dans laquelle nous nous trouvons »
— ministre de la Défense suédois Paul Jonson, cité par Defence News
Qu'exactement achète la Suède
Les navires seront construits en Bretagne et adaptés aux exigences suédoises. Bien que le maître d'œuvre principal soit français, le bord intègrera :
- les missiles anti-navires Saab RBS 15 et les torpilles Torpedo 47
- les radars GIX et les modules de combat à distance Trackfire de Saab
- les canons de 57 mm et 40 mm BAE Systems / Bofors
- les missiles surface-air Aster 15/30 dans un lanceur Sylver à 32 cellules
C'est cette configuration qui permet de tripler la défense aérienne terrestre et maritime de la Suède — c'est sur cela que Kristersson s'appuie comme résultat stratégique principal de l'accord. Selon Jonson, pour neutraliser une telle frégate, l'adversaire devrait mobiliser « des ressources considérables ».
4 milliards d'euros en contexte : où se dirige le budget de défense suédois
Le coût du programme représente environ 25% de l'ensemble du budget de défense suédois pour 2026 (≈16,5 milliards de dollars). Parallèlement, le gouvernement a déjà annoncé un cap de 3,5% du PIB d'ici 2030 — c'est 30 milliards de dollars supplémentaires par rapport au niveau actuel de 2,4%, selon Breaking Defense.
Parallèlement, Stockholm a augmenté son paquet d'aide militaire à l'Ukraine de 25 à plus de 40 milliards de couronnes en 2025 — en partie en décalant les investissements prévus en 2026. Les frégates et le soutien à l'Ukraine ne sont donc pas des alternatives, mais des postes de dépenses simultanés, qui ensemble pèsent sur les finances suédoises.
Une logique supplémentaire de l'accord est la coopération avec les exploitants actuels du FDI. La France et la Grèce exploitent déjà ou ont commandé ces navires, ce qui permet de partager les frais d'entretien. Récemment, la France a acheté deux avions d'alerte lointaine Saab GlobalEye — les achats mutuels sont devenus une partie de la justification stratégique du choix.
Ce que cela signifie pour la Baltique
La Suède a adhéré à l'OTAN en février 2024 et, selon Breaking Defense, a transformé la mer Baltique en un véritable « lac de l'OTAN ». Les nouvelles frégates sont destinées à transformer la marine suédoise de la défense côtière à des missions complètes : escorte de convois, défense antimissile et opérations dans l'Atlantique Nord aux côtés de ses alliés. La durée de service des navires est d'environ 40 ans, de sorte que la décision de 2026 déterminera la position de la Suède en Baltique jusqu'au milieu des années 2060.
Si la première livraison en 2030 est retardée — en raison de la charge de travail des chantiers navals de Naval Group ou de complications dans l'adaptation des systèmes suédois — la question est de savoir si la Suède comblera cet écart par d'autres moyens de défense aérienne, ou si la Baltique restera vulnérable précisément à la période où la menace est la plus élevée.