Le premier appel en trois ans : Macron avertit Loukachenko de ne pas suivre Poutine — tandis que Minsk négocie avec l'Occident

Le 24 mai, Macron a appelé Loukachenko pour la première fois depuis le début de l'invasion à grande échelle — et l'a averti des risques d'implication de la Biélorussie dans la guerre. Cet appel n'est pas intervenu dans le vide : Minsk mène depuis un an des négociations parallèles avec Washington sur la levée des sanctions en échange de la libération de prisonniers politiques.

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Емманюель Макрон (Фото: TOM NICHOLSON / EPA)

Lorsque le 24 mai 2026, le Palais de l'Élysée a lancé un appel à Minsk — pour la première fois depuis février 2022, quand les colonnes russes sont entrées en Ukraine précisément via le territoire biélorusse — ce n'était pas un geste de réconciliation. C'était un avertissement.

Ce que Macron a dit et ce que Loukachenko a entendu

Selon l'AFP citant une source dans l'entourage du président français, Macron « a souligné les risques pour la Biélorussie d'une implication dans la guerre d'agression de la Russie contre l'Ukraine » et a appelé Loukachenko à prendre des mesures concrètes pour normaliser les relations avec l'Union européenne. Minsk a décrit cette même conversation différemment : « problèmes régionaux » et « relations avec l'UE et la France en particulier » — une formulation qui ne contient aucune allusion à cet avertissement.

Deux lectures différentes d'une même conversation — ce n'est pas une divergence technique. C'est une démonstration de la manière dont Loukachenko utilise le simple fait d'un contact avec l'Occident comme un signal interne et externe : on me parle.

Le contexte qui change tout

L'appel de Macron n'est pas survenu dans un vide diplomatique. Depuis l'été 2025, l'administration Trump mène des négociations directes avec Loukachenko — principalement autour de la libération de prisonniers politiques en échange d'un allègement des sanctions. En décembre 2025, les États-Unis ont partiellement levé les restrictions sur les sociétés de potasse biélorusses après la libération de 123 prisonniers. En mars 2026, après une rencontre avec l'envoyé de Trump John Cole à Minsk, Loukachenko a libéré 250 autres personnes — la plus grande libération ponctuelle de l'histoire du pays.

« Loukachenko comprend la douleur des sanctions occidentales et tente de les assouplir. Mais ne soyons pas naïfs : sa politique n'a pas changé, les répressions continuent, le soutien à la guerre russe aussi ».

Sviatlana Tsikhanouskaya — Associated Press

C'est précisément dans ce corridor entre la pression des sanctions et les concessions tactiques que Minsk existe actuellement. L'appel de Macron est un élément supplémentaire de cette construction, où l'Occident tente à la fois de dissuader Loukachenko d'une escalade militaire et de ne pas fermer la fenêtre pour sa sortie partielle de l'orbite de Moscou.

Pourquoi la Biélorussie ne combattait pas encore — et si c'est le mérite de la diplomatie

Depuis février 2022, la Biélorussie a fourni son territoire pour l'invasion, accueilli les armes nucléaires russes et est de facto intégrée à l'infrastructure militaire de la Russie — mais les soldats biélorusses ne participent officiellement pas aux combats. C'est une décision de Loukachenko, qu'il semble délibérément conserver comme un atout dans les négociations avec l'Occident.

L'avertissement de Macron semble logique dans ce contexte : empêcher Moscou ou les forces de sécurité internes d'incliner Minsk à participer directement au moment où le canal diplomatique vient d'être rouvert.

La question n'est pas si Loukachenko a entendu Macron — mais plutôt si le Palais de l'Élysée est prêt à proposer quelque chose de concret : par exemple, une feuille de route pour assouplir les sanctions de l'UE en cas de non-intervention vérifiée de Minsk aux opérations militaires. Sans cela, l'appel reste un signal sans retour.

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