Le 27 novembre 2022, sur l'avenue Stepan Bandéra dans le district d'Obolonski de Kyiv, une Volkswagen Polo a renversé une femme à un passage piétonnier non réglementé. Au volant se trouvait Yaryna Ar'yeva — à ce moment-là, députée du conseil municipal de Kyiv du parti « Solidarité européenne » et fille du député Volodymyr Ar'yev à la Rada suprême. La victime a subi des fractures de l'omoplate et de la mâchoire avec extraction dentaire traumatique, des fractures des membres et un traumatisme crânien fermé.
Le 13 avril 2025, le tribunal de district d'Obolonski de Kyiv a rendu un jugement : peine avec sursis et interdiction de conduire pendant huit ans. Le tribunal a estimé que les preuves ne confirmaient pas l'intoxication aux drogues au moment de l'accident.
Quel est le litige
L'accusation s'est construite autour de l'article 286-1 du Code pénal de l'Ukraine — violation des règles de la circulation routière en état d'intoxication avec conséquences graves. La sanction prévoit de 3 à 8 ans de privation réelle de liberté : la loi interdit expressément une peine avec sursis pour cet article. Le procureur a demandé 6 ans et 6 mois.
Mais le tribunal a apparemment requalifié les faits ou a acquitté sur l'épisode d'intoxication. Sans ce facteur qualifiant, l'affaire relève de l'article ordinaire 286 paragraphe 2 — accident de la route avec blessures graves sans intoxication, où une peine avec sursis est juridiquement possible.
« Je n'ai consommé aucune drogue. L'expertise effectuée après l'accident n'a rien révélé. Soudainement, six mois plus tard, une expertise contenant des traces de drogues que je n'ai pas consommées est apparue »
— Yaryna Ar'yeva, 2023
Son père, Volodymyr Ar'yev, a qualifié la suspicion de vengeance pour sa critique du chef du Bureau du président Andriy Yermak dès l'enquête préliminaire. Le parquet n'a pas changé de position et a annoncé qu'il contesterait le jugement.
Chronologie importante pour comprendre le jugement
- Novembre 2022 — accident de la circulation. Le permis de conduire d'Ar'yeva n'a pas été retiré immédiatement.
- Mai 2023 — l'enquête a annoncé des soupçons. Selon le parquet, une nouvelle expertise a révélé des médicaments (ou des substances) dans le sang que la première n'avait pas détectés.
- Juin 2023 — la cour d'appel a renforcé la mesure de contrainte en arrêt domiciliaire 24 heures sur 24 avec bracelet électronique. Ar'yeva a démissionné de son mandat de députée : « Il est impossible de remplir mes fonctions dans ces conditions ».
- Septembre-octobre 2024 — l'examen au fond a enfin commencé — près de deux ans après l'accident.
- 13 avril 2025 — jugement : avec sursis.
Pourquoi c'est plus important qu'une seule affaire
Le problème juridique central n'est pas la culpabilité dans l'accident en tant que tel (Ar'yeva l'a reconnue en 2023), mais le conflit probatoire entre deux expertises médico-légales : la première, qui n'a rien révélé, et la seconde, apparue six mois plus tard. Le tribunal de première instance a choisi la première. Le parquet considère la seconde comme fiable.
Dans la pratique de l'article 286-1 du Code pénal, la peine avec sursis est une exception à la loi, non pas une interprétation discrétionnaire du juge : la norme prévoit exclusivement une peine réelle. Par conséquent, si l'appel reconnaît l'intoxication aux drogues comme établie, le jugement devra être entièrement refondu.
Si, en revanche, la cour d'appel soutient la position du tribunal d'Obolonski et reconnaît que l'intoxication aux drogues n'est pas prouvée — se posera alors une question qui dépasse le cadre de cette affaire : dans quelle mesure les expertises toxicologiques répétées menées des mois après l'événement sont-elles fiables, et peuvent-elles servir de fondement à une qualification criminelle plus grave.