Jay D. Vance est arrivé à Budapest au moment le plus intense de la campagne électorale hongroise. Cinq jours avant le scrutin, Orbán est à la traîne du parti d'opposition « Tisza » de Péter Magyar de 14 à 20 points de pourcentage selon les sondages — et c'est précisément à ce moment que le vice-président américain apparaît dans la capitale.
Ce qu'a dit Vance — et ce qu'il n'a pas dit
Lors d'une conférence de presse commune avec Orbán, retransmise par l'AP, Vance a déclaré qu'il ne savait personnellement pas si Zelenski avait menacé le Premier ministre hongrois. Mais ensuite — c'est plus important : il a accusé des « éléments au sein des services de sécurité ukrainiens » de tentatives pour influencer les élections en Hongrie et aux États-Unis. Aucune preuve n'a été fournie.
« Je suis ici non pas pour la coopération économique. Je suis ici pour la coopération morale entre nos deux pays »,
— Jay D. Vance, conférence de presse à Budapest
Séparément, Vance a désigné l'UE comme responsable d'« un des pires exemples d'ingérence étrangère dans les élections », faisant référence au soutien de Bruxelles à l'opposition hongroise.
Contexte : ce qui a précédé les accusations
Les affirmations concernant l'« ingérence ukrainienne » dans les élections hongroises ne sont pas nouvelles. Orbán les avait soulevées dès février 2025, depuis que l'Ukraine a interrompu le transit du pétrole russe par le pipeline « Droujba ». En réponse, Budapest a bloqué l'allocation d'un crédit à l'Ukraine de 90 milliards d'euros de l'UE.
Le fondement des accusations est partiellement réel : le 5 mars, Zelenski a déclaré publiquement que si « une seule personne dans l'UE » ne cessait pas de bloquer l'aide à l'Ukraine, il en donnerait l'adresse aux militaires — « pour qu'ils lui parlent dans leur langue ». L'allusion à Orbán était tellement transparente que la Commission européenne a officiellement condamné cette déclaration : la porte-parole Olof Gill a qualifié « une telle formulation d'inacceptable » et a souligné que « les menaces adressées aux États membres de l'UE sont inadmissibles ».
Orbán, pour sa part, a qualifié les propos de Zelenski de « banditisme politique » et de « chantage moral », puis a annoncé le déploiement de troupes pour protéger les infrastructures énergétiques. Les autorités hongroises ont déclaré qu'elles avaient évalué l'« attaque ukrainienne » et l'avaient reconnue comme faisant partie de « mesures coordonnées d'ingérence dans les élections » — mais sans aucune preuve publique.
Qui en tire profit
La logique est simple : Orbán utilise la « carte ukrainienne » comme principal argument de mobilisation. Selon un sondage de Median pour HVG, « Tisza » de Magyar devance « Fidesz » avec 55% contre 35% parmi ceux qui vont certainement voter — et pourrait potentiellement obtenir une majorité constitutionnelle. Dans cette situation, la visite de Vance donne à Orbán quelque chose d'inestimable : l'image d'un allié légitime de Washington, et non celle d'un leader isolé, abandonné même par ses propres électeurs.
Pour l'administration Trump, les enjeux sont également clairs. Selon Al Jazeera, en février déjà, le secrétaire d'État Rubio avait assuré Orbán : « Tant que vous êtes Premier ministre et leader de ce pays — c'est dans nos intérêts nationaux que la Hongrie soit prospère ». Si « Tisza » gagne, Washington perd son eurosceptique le plus fiable au sein de l'UE et de l'OTAN.
Réaction des opposants
- Péter Magyar — leader de « Tisza » — a déclaré directement lors d'un rassemblement : « Ni l'Ukraine, ni la Russie ne peuvent faire du chantage à une Hongrie souveraine — membre de l'UE et de l'OTAN ».
- La Commission européenne a condamné la rhétorique de Zelenski, mais n'a pris aucune mesure pratique contre Kiev.
- Les analystes, notamment Péter Kreko du centre d'analyses de Budapest, notent dans leurs commentaires pour Politico que la rhétorique anti-ukrainienne d'Orbán joue en fait en faveur de Zelenski lui-même — car elle renforce l'image du Premier ministre hongrois comme leader pro-russe auprès de l'Occident.
Il est révélateur que les affirmations de Vance concernant l'« ingérence des services de sécurité ukrainiens » dans les élections américaines aient été formulées pour la première fois à ce niveau — et précisément à Budapest, et non à Washington. C'est soit une préparation à une nouvelle ligne rhétorique de la Maison-Blanche, soit un geste de solidarité calculé uniquement pour le public hongrois.
Si, le 12 avril, « Tisza » gagne malgré la visite de Vance — Washington soutiendra-t-il aussi ouvertement un gouvernement pro-européen de Magyar qu'il a soutenu Orbán, ou l'alliance avec Budapest s'avérera-t-elle être attachée à une personne spécifique plutôt qu'au pays lui-même ?